Depuis hier, et jusqu'à samedi, les ministres européens de l'énergie et de l'environnement participent à la réunion informelle de Saint-Cloud, qui doit permettre d'aplanir les divergences entre les 27 à propos des mesures du paquet législatif « climat-énergie ». La principale difficulté concerne la répartition entre pays de l'Ouest et de l'Est des efforts à accomplir pour atteindre les objectifs « 3 X 20 » à l'horizon 2020.
A la veille de prendre pour six mois la tête de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy qualifiait le paquet «
climat-énergie » de «
dossier le plus difficile de ma présidence. » Car pour atteindre les objectifs « 3X20 » (1) de l’Union européenne, les 27 vont devoir s’entendre sur la répartition des efforts en termes de réduction de la consommation énergétique, de baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES), et de développement des énergies renouvelables.
Et le temps presse : si l’Europe veut avoir une chance de faire adopter un nouvel accord climatique ambitieux lors de la conférence des Nations Unies de Copenhague(2), Nicolas Sarkozy estime que les 27 devront parler d’une même voix avant la fin de la présidence française, en décembre.
Les ministres de l’énergie et de l’environnement européens se sont donc réunis hier, et jusqu’à samedi, à Saint-Cloud, près de Paris, pour aplanir leurs divergences à propos des mesures contenues dans le paquet législatif climat-énergie.
Des enchères pour financer les pays de l’Est
Les négociations menées dans le cadre de ce sommet informel s’annoncent difficiles, reconnaissait hier Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie.
« Tous les Etats membres ont une histoire industrielle et énergétique différente. Etablir des règles de financement et de solidarité communes, avec des objectifs identiques, c’est compliqué. »
Pour Damien Demailly, de
WWF France, la principale difficulté sera «
de répartir l’effort entre européens, et, surtout, entre pays de l’Ouest et de l’Est. »
Les Européens de l’Est, peu avancés en termes de normes environnementales et très dépendants du charbon ou du pétrole, présentent un front uni pour réclamer des dispenses et des sursis dans la mise en oeuvre des mesures du paquet climat-énergie.
Ils redoutent notamment la révision du Système communautaire d’échange de quotas de CO2 (ETS), qui aboutira à la mise aux enchères à partir de 2013 des « droits à polluer », jusque-là alloués gratuitement aux industriels.
Un compromis avec les pays de l’Est est cependant possible puisque, comme l’ont confirmé hier les participants au conseil informel, la mise aux enchères des quotas pourrait justement servir à financer la modernisation de leur appareil industriel.
GES : objectif - 30 %
Jean-Louis Borloo se veut d’ailleurs optimiste sur l’issue de cette réunion : «
les Européens doivent s’entendre et donner un signal au monde. De toute façon, c’est soit ça, soit on augmente de 70 % la consommation de pétrole et de charbon dans les dix ans, ce qui est impossible. »
A l’issue de la première matinée de pourparlers, le ministre français de l’écologie a par ailleurs assuré que les 27 «
restent dans la logique des – 20 % de GES d’ici à 2020, mais étudient sérieusement les modalités d’un passage à – 30 %. »
Une bonne nouvelle pour le WWF, qui demande à Nicolas Sarkozy d’engager l’Europe à réduire ses émissions de 30% en 2020. «
C’est à cette condition que l’Europe pourra être crédible, et que l’on jugera du succès de la présidence française sur ce thème », estime Damien Demailly.
(1) Les 3 X 20 : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) européennes d'ici à 2020, atteindre 20 % d'énergies renouvelables à cette date, et réduire de 20 % la consommation énergétique.
(2) En décembre 2009, la conférence des Nations Unies de Copenhague doit déboucher sur un accord climatique capable de succéder à partir de 2012 au Protocole de Kyoto.