En matière de santé publique, il y a eu le scandale de l'amiante. Aujourd'hui, le débat sur les OGM fait l'actualité. Mais pendant ce temps là, les antennes relais de téléphonie mobile se multiplient en France. A Saint-Denis, les citoyens et les élus ont décidé de se mobiliser, au nom du principe de précaution.
Comme sur le reste du territoire, de nombreux toits deSaint-Denis hébergent des antennes relais de téléphonie mobile. Laforte densité de population et la présence du Stade de France avec ses80 000 places forcent les opérateurs (Bouygues Telecom, SFR et Orange)à assurer une couverture réseau élevée pour éviter la saturation.D'autant plus qu'une antenne ne peut transmettre que 60 conversationssimultanées. Ainsi, on recense une quarantaine de stations relais àSaint-Denis (119 sur l'ensemble de la communauté d'agglomération Plaine Commune et 54 000 en France).
Comme ici, rue Jean Mermoz.
Les antennes relais ne posent pas qu'un souci esthétique. Bien que larecherche se soit relativement peu penchée sur les risques sanitaireséventuels qu'elles pourraient représenter, le grand public s'en méfie.L'agence française de sécurité sanitaire (Afsset) a rejoint la position de l'OMS(Organisation mondiale de la santé) qui a conclu en 2006 à une absencede danger pour l'homme.
Cependant de nombreuses associationscitoyennes, comme Priartem (Pour une réglementation des implantationsdes antennes relais de téléphonie mobile), dénichent d'autres étudesincitant à penser le contraire. Une forte exposition aux ondesélectromagnétiques des antennes relais pourrait engendrer nausées, mauxde tête, vertiges, insomnies, stress, infertilité... Pire, ellepourrait provoquer des cancers du cerveau et affecter les gènes. Et la nouvelle positiondu Ministère de la santé, qui déconseille à présent l'usage du mobilepar les enfants, ne fait que renforcer les convictions des détracteursdes antennes relais.
Depuis deux ans, le projet d'implantation de deux nouvelles antennesrue des Ursulines et rue Emile Connoy provoque l'indignation denombreux riverains. Deux crèches, une maternelle, un centre deprotection maternelle et infantile (PMI) ainsi que deux écolesprimaires sont situées dans ce quartier.
Michel Cogne est membre de laFCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques)de l'école Jules Guesde, où est scolarisé son fils. Il s'inquiète duprojet de construction d'une antenne relais par Bouygues Telecom.
"J'ai l'impression d'être un rat de laboratoire"
Stéphanie Prigl d'Ondel vit dans le quartier Parmentier de Geyterdepuis 12 ans. Autant d'années passées avec une station relais sur letoit de son immeuble. En 2003, lorsqu'une grue ajoute de nouvellesantennes hautes fréquences UMTS (pour la téléphonie 3G), Stéphaniedécide de passer à l'action. Elle monte une pétition "avec acharnement" et rejoint l'association Priartem.Stéphanie est convaincue que ses insomnies sont liées à ces nouveauxintrus nichés sur son toit. Bien sûr, elle n'est pas en mesure de leprouver. Mais les propos lénifiants des opérateurs ne la rassurent pas: "Eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils font ! s'insurge-t-elle. J'ai l'impression d'être un rat de laboratoire".
"Ce qui vaut pour Paris vaut pour la banlieue"
Alertée par les citoyens, la mairie de Saint-Denis a tenté d'interdire la pose des antennes litigieuses, en vain. "Notre règlement d'urbanisme, comme tous les autres, autorise la pose d'antennes quasiment partout, explique Stéphane Peu, chargé de l'urbanisme et de l'environnement. Nousavons retiré des autorisations de travaux (préalable à la posed'antennes, ndlr) et nous avons été attaqués au tribunal administratifpar les opérateurs. Nous avons perdu parce qu'en droit, nous ne sommespas fondés à les retirer".
Grâce à la mobilisation des citoyens et au soutien des élus, lesopérateurs ont accepté de geler les installations rue Connoy et rue desUrsulines jusqu'en juillet 2008. Laissant le temps à des négociationsen vue d'élaborer une charte sur le modèle de Paris.La capitale a en effet imposé, en accord avec les opérateurs, un seuild'exposition des lieux de vie à un champ électrique de deux volts parmètre (en moyenne sur 24 heures). Elle a aussi augmenté les contrôlesd'intensité des ondes, au-delà des exigences fixées par le protocole de l'ANFR (Agence nationale des fréquences).
Mais les négociations sur la charte de Plaine Commune piétinent, au terme de cinq réunions en huit mois. "Les opérateurs font preuve d'une extrême rigidité. Ils ont rompu les discussions", déplore Nathalie Aguesse, chargée de mission environnement à Plaine Commune. "Ils se dérobent", accuse Michel Ribay, président du collectif dionysien Antennes Relais.
Stéphane Peu évoque les points de blocage.
Le 31 janvier 2008, une réunion publique à la mairie de Saint-Denis conviait citoyens et élus à faire le point.
Vers un projet de loi ?
Nathalie Aguesse, de Plaine Commune, a élaboré une cartelocale des antennes relais qui met en évidence leur proximité avec dessites sensibles - écoles, centres de soins, maisons de retraite. A sontour, elle dénonce deux poids, deux mesures dans l'attitude desopérateurs envers Paris et la banlieue.
La charte de Paris fixe un niveau d'exposition du public à des ondesde 2V/m toutes fréquences confondues, quand les normes maximales envigueur sur le reste du territoire sont respectivement de 41 V/m pourle réseau GSM 900, de 58 V/m pour le GSM 1800 et de 61 V/m pour l'UMTS."Ce sont des seuils extrêmement élevés",dénonce Daniel Oberhausen, professeur de physique et expert à la courd'appel de Bordeaux dans les cas liés aux ondes électromagnétiques.
Une charte avec des seuils d'exposition revus à la baisse serait synonyme d'ennuis pour les opérateurs. "Illeur faudrait surélever des antennes existantes ou les remplacer pard'autres antennes de moindre puissance, ce qui représente un surcoûtimportant", analyse Daniel Oberhausen.
"Ce n'est pas une question d'argent", martèle-t-on du côté de l'Association des opérateurs mobiles (Afom), qui est en charge des négociations avec Plaine Commune. On y laisse entendre que la charte de Paris est un "chemin de traverse" et que le seuil de deux volts par mètre est "un indice arbitraire"qui ne repose sur aucun fondement scientifique. L'Afom rappelle aussiqu'abaisser le seuil d'exposition à 0,6 V/m, selon les voeux denombreuses associations citoyennes comme Robin des Toits ou Priartem, serait "impossible"si l'on souhaitait maintenir le niveau de service de la téléphoniemobile actuelle. Faux, selon Daniel Oberhausen. L'expérience, tentéenotamment à Salzbourg en Autriche, serait un succès. Bien sûr, on peutparfois avoir du mal à capter. Entre couverture réseau et couverturesanté, il faudrait donc choisir.
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