Un no man’s land. Le site où EDF et le Port autonome de Dunkerque (PAD) envisagent d’installer leur terminal méthanier ressemble à un désert dunaire. Cerné par les industries lourdes, les cheminées cracheuses de fumées, les vapeurs toxiques qui prennent à la gorge, le littoral dunkerquois s’apprête à accueillir son quinzième site Seveso. La norme européenne recense les industries à haut-risque de pollution et de sécurité pour la population alentour. Sur une vingtaine de kilomètres, des entreprises pétrolières, chimiques, gazières, sidérurgiques, alternent avec les bourgades côtières de la mer du Nord. Ces mastodontes de l’énergie arrosent les municipalités de leur taxe professionnelle, redynamisent l’emploi dans une région en proie au chômage, bénéficiant de cette place stratégique au cœur de l’Europe.
Le prix à payer ?
50 tonnes par jour de dioxyde de souffre, 13 tonnes par jour de poussières et un taux de cancers des voies aéro-digestives deux fois et demie supérieur au territoire national. Mais c'est une région en or pour EDF qui se lance dans la course mondiale du gaz. Ils y ont déjà installé la plus grande centrale nucléaire d'Europe. Et le terminal méthanier est un investissement patriotique puisqu’à terme il sera en capacité d’alimenter 100% de la consommation de gaz française. Le problème pour EDF, c'est que le terrain choisi, large d’une dizaine d’hectares, abrite une faune et une flore si rare qu’il a été classé comme zone protégée.
Jean Sename, président de l'Adelfa (Assemblée pour la Défense de l'Environnement du Littoral Flandre-Artois) :
Face à la « fronde » des associations de protection de la nature, EDF et le PAD ont choisi la conciliation. Ils proposent des petites compensations… bien dérisoires. Face à la pression des associations de défense de l’environnement, le PAD et EDF se la jouent écolo.
Des nids sur les toits et des panneaux solaires, des concessions un peu légères pour compenser les dégâts sur l’environnement…
Officiellement, le site d’implantation sur la plage du Clipon n’est pas définitif : EDF et le PAD ont jusqu’au 15 mai pour se prononcer. Mais les travaux de draguage des sols ont déjà commencé. Pas sûr que les 200 méthaniers attendus chaque année, qui déverseront 7,5 millions de tonnes de gaz liquide cohabiteront pacifiquement avec les oiseaux du Clipon. La longue plage fouettée par les vents du Nord devrait bientôt être décorée de trois bacs de stockage d’environ 50 mètres de hauteur, et d’environ 80 mètres de diamètre. Un terminal d’une capacité de regazéification de gaz de plus de six milliards de mètres cubes pour orner le tout. Pour peu, cela passerait inaperçu sur le littoral dunkerquois.
C.G.
L'usine qui produit des dérivés plastiques est hautement polluante et à hauts risques d'explosion. Elle se situe à 2,5 km d'un des deux sites retenus pour le terminal.
En France, trois projets de terminaux méthaniers sont actuellement en projet. Ceux de Verdon-sur-mer et Le Havre ont déchaîné les passions et les médias. A Dunkerque, la population a moins réagi, à l’exception d’une petite communauté d’amoureux du grand air.
Paroles de planchistes
Alexandre:
Vincent:
Stéphane
Récapitulons. Une centrale nucléaire à moins de 4 kilomètres et quatorze sites Seveso à quelques encablures. Un projet de 700 millions d’euros et l’assurance que la France entière sera indépendante au niveau énergétique. La plage du Clipon, ses dunes et ses trente surfeurs ont peu de chance d’être entendus. Alors, juste pour le plaisir, planons encore avec les derniers oiseaux du site...
Commentaires de Bernard Bril, président du Groupe ornithologique et naturaliste de Dunkerque (GON)
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