Dire que les forêts sont indispensables à l’équilibre naturel et à la vie sur Terre est un euphémisme : sans elles il n’y aurait peut-être tout simplement pas de Terre. Cependant, au cours des siècles, elles ont considérablement été réduites. D’après le World Resources Institute, 80% de la couverture forestière mondiale originelle a été abattue ou dégradée, essentiellement au cours des 30 dernières années.

L’Espagne était si boisée au temps des Romains que selon Pline l’Ancien (1er siècle après J.-C.), on aurait pu la traverser de branche en branche… Ce n’est plus le cas aujourd’hui : les forêts des régions tempérées ont subi des défrichements répétés pour donner plus d’espace aux habitations, aux cultures ou pour se servir du bois comme chauffage ou foyer de cuisson. De vastes zones forestières sont aujourd’hui détruites pour laisser place aux routes, aux voies de chemin de fer et à l’industrie. Dans les régions sèches, les forêts sont particulièrement menacée par les incendies : une fois brûlée, la forêt ne repousse plus ; elle se transforme alors en maquis ou en garrigue. D’autres dangers guettent les forêts, avec entre autres les pluies acides causées par la pollution de l’air, et les maladies (champignons et parasites). De nos jours, les zones de déforestation massive sont surtout situées dans les forêts tropicales d’Amazonie, d’Afrique équatoriale et d’Indonésie ; mais toutes les forêts du monde sont concernées et pas seulement celles dont l’état est le plus alarmant.

Des constats inquiétants
La plus grande partie des forêts tropicales est peu à peu détruite par l’homme. Chaque année, c’est une superficie équivalente à celle de l’Angleterre qui disparaît, soit 120 000 km² (ce qui équivaut à un terrain de foot toutes les 4 secondes !). Les causes de ce désastre sont malheureusement bien connues : dans ces forêts se trouvent des bois précieux très recherchés qui sont récoltées par la technique dite de la « coupe à blanc ».
On abat ainsi d’immenses étendues forestières pour seulement quelques arbres, ceux qui seront vendables et surtout rentables.
La forêt amazonienne (dont la majeure partie exploitée est brésilienne) est considérée comme le poumon principal de la planète. Elle est comme un organe qui permet à la planète de respirer, mais à l’instar de nombreux poumons humains, elle semble être atteinte d’un cancer qui la menace sérieusement. La déforestation est en marche avec un double effet dévastateur : premièrement les brûlis pratiqués par les paysans brésiliens dégagent de très forte quantité de CO2 dans l'atmosphère ; deuxièmement la disparition de la forêt amazonienne diminue énormément la capacité d'absorption de CO2 de la planète. On peut aussi constater le danger terrible que cela représente pour la biodiversité exceptionnelle de l'Amazonie. Les espèces animales et végétales s’éteignant chaque année sont estimées à plus de 27 000.
Alerte au CO2
Le changement climatique et les forêts sont plus qu’étroitement liés, ils dépendent l’un de l’autre. D’une part, les forêts subissent déjà les conséquences du réchauffement climatique, de l’altération des régimes de précipitations et des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents. D’autre part, les forêts et le bois qu’elles produisent piègent et stockent le dioxyde de carbone, aidant à atténuer ces changements en prélevant le dioxyde de carbone de l’atmosphère et en le convertissant durant la photosynthèse en carbone qu’elles emmagasinent ensuite sous la forme de bois et de végétation (processus connu sous le terme de piégeage du carbone). Mais c’est à double tranchant : lorsqu’elles sont détruites ou surexploitées et incendiées, les forêts peuvent devenir des sources de dioxyde de carbone et donc de pollution. Lorsqu’une forêt disparaît, le carbone qu’elle emmagasinait est en grande partie libéré dans l’atmosphère, augmentant l’effet de serre et le réchauffement de notre planète. La disparition des forêts génère chaque année plus de 2 milliards de tonnes de CO2, ce qui représente 25% de toutes les émissions de gaz à effet de serre.

Le déboisement détruit également les sols, rendant les terres improductives, particulièrement en zones tropicales : sans couverture arborée, les sols naturellement pauvres sont exposés au vent, au soleil et à la pluie. Rapidement, la couche arable est remplacée par une croûte dure et stérile. En plus de protéger les sols, les forêts jouent un rôle essentiel dans le cycle de l’eau, qu’elles stockent et régulent. Sans forêts, il n’y aurait bientôt plus d’eau dans les rivières. Un phénomène qui est malheureusement déjà perceptible dans beaucoup de pays, particulièrement en Afrique (région du Sahel).
La forêt ne peut plus jouer son rôle de régulateur, qui est totalement perturbé par l’homme et ses activités. Il est vital pour la sauvegarde de l’environnement de ne pas laisser le carbone des forêts se répandre dans l’atmosphère. Tant que l’homme ne saura pas mieux exploiter les forêts et reboiser plus qu’il ne défriche, ce cercle vicieux ne pourra pas s’interrompre.
L’Île de Pâques ou la destruction du monde à échelle réduite
L’Île de Pâques est souvent citée en exemple pour illustrer les graves conséquences d’une surexploitation des ressources naturelles par l’homme. C’est le lieu le plus isolé du monde (à 3700km des côtes du Chili – dont elle dépend en tant que province, inscrit au Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO depuis 1995. L’Île de Pâques est surtout connue pour ses grandes statues de pierre, les Moaïs, et la disparition plus ou moins inexpliquée de son peuple, les Rapa Nui.

Au fil des siècles, l’Île de Pâques devient une terre de plus en plus hostile. Au cours du 17ème siècle, elle est soumise à de nombreux bouleversements climatiques qui dessèchent la végétation déjà clairsemée. Se sentant menacés par la famine, les habitants implorent les dieux et se lancent dans la sculpture frénétique de centaines de Moais plus imposants les uns que les autres (mais beaucoup existaient déjà auparavant). Pour transporter les statues sur des rondins de bois, ils défrichent les forêts de l’île, qui se font déjà rares.
Pourquoi la forêt a-t-elle disparu ?
Lorsqu’il arrive sur l’île en 1786, De La Pérouse pense qu’une catastrophe écologique s'y est déjà produite. Constatant l’absence flagrante d’arbres, il suppose alors que ses habitants ont commis l’imprudence de tous les couper dans des temps sans doute très reculés. Il rapporte que cela « a exposé leur sol à être calciné par l’ardeur du soleil, et les a réduits à n’avoir ni ravins, ni ruisseaux, ni sources : ils ignoraient que dans les petites îles, au milieu d’un océan immense, la fraîcheur de la terre couverte d’arbres peut seule arrêter, condenser les nuages, et entretenir ainsi sur les montagnes une pluie presque continuelle qui se répand en sources ou en ruisseaux ». L’explorateur ne doute pas un seul instant que le peuple qu’il découvre a été privé de cette ressource vitale à cause de ses ancêtres.

Des observations ont conduits à soutenir une hypothèse opposée : elles ont montré que la biodiversité s’était considérablement réduite entre 1650 et 1722, date à laquelle le paysage fut décrit avec précision comme étant totalement dénudé. La disparition des arbres et arbustes se situe donc forcément entre ces deux dates.
Les végétaux étaient bien là, mais à la limite de leurs exigences thermiques et hydrique (chaleur et eau) ; une variation un peu trop forte de ces paramètres a pu provoquer la disparition d'une végétation déjà fragilisée par les hommes.
La pénurie d’arbres sur l’Île a donc stoppé net la production des statues de pierre, puisque les troncs d’arbres étaient nécessaires à leur transport. Elle a aussi fortement réduit la quantité d’eau douce disponible, faisant ainsi disparaître un environnement viable pour ses habitants. Aujourd’hui, le paysage n’a pas changé, ne laissant pousser que des herbes sèches et jaunies. Après la disparition des arbres, les habitants étaient devenus prisonniers de l’île.
Ces observations nous apprennent donc qu’en définitive, ce n'est pas la déforestation elle-même qui a porté le coup de grâce à la civilisation de l’Île de Pâques et entraîné sa chute. Ce serait plutôt des facteurs climatiques qui auraient joué un rôle déterminant, bien qu’il soit admis que les Rapa Nui aient contribué eux aussi à cette déforestation. En cela l'île est un modèle réduit du développement futur de notre planète.
Y a-t-il une leçon à tirer de leur erreur pour éviter la destruction de notre nature et de notre planète ? Oui, c’est indiscutable. Toute société humaine est dépendante de son environnement. L’Île de Pâques était recouverte d'arbres à une époque ancienne, tout comme la Terre il y a seulement quelques siècles…
La révolution verte encore possible malgré tout ?
En plus de l’énorme impact écologique, la déforestation pose également un problème économique : les immenses surfaces exploitées dans des pays en voie de développement le sont par des pays riches et industrialisés (tels que les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, la France…). Cela ne peut donc même pas être « justifié » par le besoin de dynamiser l’économie des régions pauvres du monde puisque ce désastre profite à d’autres. Le recyclage et le reboisement ne seraient donc pas des solutions assez « rentables » ?

Si c’est le cas, c’est que la survie de notre planète importe bien peu à nombre de personnes trop influentes. C’est pourtant une urgence, la sonnette d’alarme a déjà été tirée à de nombreuses reprises, et ce de plus en plus souvent. Plus nous abattons d’arbres, plus nous libérons du dioxyde de carbone dans l’air et achevons d’exterminer un nombre incroyable d’espèces végétales et animales. Lorsqu’il n’en restera plus d’autre que l’Homme, nous n’aurons peut-être plus que du CO2 à respirer…

Avons-nous déjà signé notre arrêt de mort ? Certes, il s’agit là d’un scénario catastrophe de ce qui se passerait dans le pire des cas, mais il est déjà enclenché… Pour modifier le cours des choses, il faudrait que le monde entier comprenne l’ampleur des dégâts qu’il a déjà causé et où cela le mène, du paysan brésilien qui défriche pour une culture vivrière à l’entrepreneur japonais qui raserait volontiers l’Indonésie s’il le pouvait, en passant par nous tous, citoyens qui pouvons soutenir les actions de protection de l’environnement et recycler tous nos déchets (pas uniquement le papier !).
En matière d’environnement, la dernière « bonne idée » concernant l’Amérique du Sud est d’y faire courir le rallye du Paris – Dakar 2009 entre l’Argentine et le Chili… Dans certains endroits de ces pays, des animaux sauvages n’ont encore jamais croisé la route d’êtres humains ! Un rallye n’est certainement pas indispensable à la survie de notre espèce, mais le faire passer dans des lieux où l’écosystème devrait être préservé à tout prix reflète bien les priorités actuelles de notre civilisation…
LIEN (à voir !) Calculez votre empreinte écologique
Sources informations :
Sources iconographiques :
- La déforestation aux Etats-Unis de 1620 à 1992, William B. Greeley / George Daffran
- La déforestation dans le monde depuis 1990, FAO (novembre 2007)
- Déforestation en Amazonie (Brésil), Jami Dwyer
- Déforestation par brûlis au Mexique, Jami Dwyer
- Zones les plus déboisées en Amazonie, Le Monde (26/04/05)
- Moaïs et la terre aride de l’Île de Pâques, Franck Lechenet
- Arbre mort sur l’Île de Pâques, Michel Orliac
- L’Île de Pâques aujourd’hui, la Terre demain ? Michel Orliac
- Où nous mènera la déforestation ? FAO
- Déforestation à « mains nues », petiteplanetedurable.com
- Lequel est le plus dangereux pour l’atmosphère ? petiteplanetedurable.com
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