Imaginez traverser des déserts, survoler des océans, franchir des montagnes... Des actes qui paraissaient invraisemblables pour l'Homme il y a quelques centaines d'années, mais grâce à son esprit et à sa volonté de se surpasser, voire de se dépasser, il a pu en venir à bout. Nous sommes passés de la conquête des continents à celle de l'espace. Avec le temps, il s'est rendu compte que ces routes piétinaient cette même terre qu'il s'est donné tant de mal à découvrir. La nature s'est vue défigurée par ses autoroutes et polluée par ses automobiles.
L'Algérie n'est pas en reste de ces bouleversements, même si l'on ne vit pas directement les répercussions du réchauffement climatique, nous ne faisons rien non plus pour conserver et protéger nos trésors naturels.

L'histoire remonte à 1983, lorsqu'un décret émis par le président algérien Chadli Bendjedid élève le parc d'El Kala au rang de Parc national, et lui affectant une protection juridique.
Tout aurait pu s'arrêter là, n'aurait-ce été l'annonce de l'autoroute reliant l'ouest algérien à son est, et devant passer par le Parc national d'El Kala (PNEK).
Une première mobilisation a été lancée au travers d'une pétition sur Internet, soutenue par l'association ACDC, en apportant un soutien logistique à l'opération, via son site ranahna.dz. La presse reprend l'affaire, les quotidiens nationaux algériens en parlent, et cela fait suffisamment de bruit pour que le ministre algérien des travaux publics, Mohamed Ghoul ; entende un comité scientifique qui lui expose les arguments de sauvegarde du PNEK, et le danger que peut présenter le passage d'une autoroute par un site pareil. Semblant convaincu par les arguments mis en avant, il fait alors la promesse de dévier le passage de l'autoroute plus au sud du parc.
Nous voilà en février 2008, on pensait que le parc serait épargné par le passage de l'autoroute, jusqu'à ce que la nouvelle du défrichement d'une route au parc tombe. C'est à partir de là que la deuxième mobilisation est lancée. Un comité est vite mis en place, ainsi que le lancement d'un site consacré à l'opération « sauvonsleparc.org », afin de centraliser le travail d'information et de continuer la collecte de signatures déjà lancée lors de la première mobilisation. La pétition quitte son enceinte virtuelle et se voit distribuée au sein des universités et la société civile (6000 signatures papier au 25 février 2008, et 10 000 signatures sur Internet).
Actuellement, la situation est en statu quo entre les entrepreneurs, avec leurs machines à l'entrée du parc, et avec une zone déjà défrichée ; et les activistes, qui font tout pour empêcher leur passage.
La décision doit venir des plus hautes instances. Le choix doit se faire entre le passage tel qu'il est prévu ; ou dépenser un peu plus, prix de la sauvegarde du Parc national d'El Kala.
L'affaire suit son cours.
Afin de mieux de vous faire une idée sur ce trésor naturel du bassin méditerranéen qui est en réel danger, il faut savoir que la particularité de ce parc est qu'il est composé d'une mosaïque d'écosystèmes : marin, dunaire, lacustre et forestier.
L'écosystème marin comprend plus de 57 espèces de poissons. Le parc abrite une frange marine de 40 km de long, riche en corail. En plus de cet écosystème, on compte 4 lacs et un marais, les plus importants étant les lacs Tonga (2600 ha) et Oubeira (2200 ha). De ce fait, on trouve des formations forestières humides autour de ces étendues (aulne glutineux, peuplier blanc, peuplier noir, frêne, orme et saule).
Le Parc national d'El Kala est également réputé pour sa richesse faunistique et floristique. L'écosystème forestier est composé principalement de forêts naturelles (chêne liège, chêne zeen) et de reboisement de pins maritimes et eucalyptus. On y trouve plus de 626 espèces de plantes : aromatiques, médicinales, fourragères, ornementales, lichens, champignons, etc.
Pour ce qui est de la faune, on dénombre :
- 39 espèces de mammifères (cerf de barbarie, hyène rayée, loutre, porc épic, renard doux, chacal doré, dauphin commun, etc.) ;
- 97 espèces de passereaux, comme le guêpier d'Europe, le merle bleu et le coucou geai ;
- 25 espèces de rapaces ;
- 9 espèces d'oiseaux marins, dont le cormoran huppé et le goéland argenté ;
- 64 espèces d'oiseaux d'eau ;
- 17 espèces de reptiles ;
- 6 espèces d'amphibiens.
Par ailleurs, cette région nord-africaine est moins connue pour ses vestiges archéologiques. Mais comme l'atteste les sites historiques laissés tout au long des siècles, des civilisations s'y sont succédées, de par leur présence autour du bassin méditerranéen. De l'époque préhistorique à l'époque moderne, on a pu décompter près de 110 sites, selon la chronologie suivante : époque préhistorique, phénicienne, punico-lybique, romaine, byzantine, vandale, médiévale, et moderne avec tout ce que le colonialisme français a pu laisser come structures et bâtiments.
Pour apprécier la richesse de ce lieu, voici une galerie des principaux lacs qui sont dans le parc.
Abdelmadjid Kellou
Lac Tonga, Parc national d'El Kala
Abdelmadjid Kellou
Lac Tonga, Parc national d'El Kala
Abdelmadjid Kellou
Lac Oubeira, Parc national d'El Kala
Abdelmadjid Kellou
Lac Oubeira, Parc national d'El Kala
Abdelmadjid Kellou
Lac Oubeira, Parc national d'El Kala
Abdelmadjid Kellou
Lac Mellah, Parc national d'El Kala
L'équipe
Vidéo (non publiée) : Fayçal Zoui
Photographe : Abdelmadjid Kellou
Rédacteur : Khaled Sofiane Lamandé
Logistique : Malik Mehni
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