Jeux Olympiques : Pékin suffoque, le reste du monde toussote

Pékin accueillera dans moins de six mois les Jeux Olympiques. Mais la capitale de la Chine est l'une des villes les plus polluées au monde. Les énormes efforts consentis par le pays depuis 10 ans pour rendre l'atmosphère de la ville plus respirable seront-ils suffisants ?

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Thierry Soulard
Le coin nord-est du second périphérique de Pékin, de nuit. La ville compte aujourd’hui plus de trois millions de voitures. (© Thierry Soulard)


Trois millions de voitures à Pékin, des chantiers de constructions sur plus de 100 millions de mètres carrés, un bon nombre d'industries installées dans la ville ou en périphérie, des tempêtes de sables de plus en plus fréquentes, et 26 millions de tonnes de charbon qui partent en fumée chaque année pour permettre à toute une partie de la population de se chauffer et de cuisiner.

 

 Tous ces facteurs font de Pékin l'une des villes le plus polluées au monde, et probablement pas le lieu idéal pour faire du sport.

Et pourtant, dans moins de six mois, la ville accueillera les Jeux Olympiques. Toute la Chine s'y prépare depuis de nombreuses années, et l'évènement est trop important pour que quoi que ce soit vienne le gâcher.

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Ciel bleu sur la place Tian An men, symbole de Pékin. Pour mettre en avant l’amélioration de la qualité de l’air, le gouvernement clame que le nombre de jours « ciels bleus » (jours ou la qualité de l’air est satisfaisante est passé de 100 à 241 en 10 ans). (© Thierry Soulard)

Pékin assure que les athlètes ne souffriront pas de la pollution. Certains sportifs censés participer aux jeux olympiques se posent pourtant des questions sur leur participation, ou préfèrent retarder leur venu au maximum, en allant s'entraîner au Japon ou en Corée jusqu'à la veille des épreuves.

Objectif ciel bleu

Mais la Chine a promis des jeux olympiques verts, et fait le maximum pour les avoir. Le Comité Olympique met en avant son bilan environnemental : 200 mesures environnementales prises depuis plus de 10 ans, dans tous les domaines, pour réduire la pollution. De mesures efficaces, si on juge par les chiffres données par le Comité d'Organisation : le nombre de jours « ciels bleus » (jours ou la qualité de l'air est satisfaisante) serait passé de 100 en 1998 à 241 en 2007. Et qu'importe si certains accusent la ville d'avoir changer ces stations de mesures de place pour les mettre dans des zones moins polluées.

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Vue de Pékin depuis Xiang Shan, un des points culminants en périphérie de la ville. La ville disparaît sous la pollution. La zone compte pourtant Xian Shan, le parc Botanique et le palais d’été, trois des principaux espaces verts de Pékin. (© Thierry Soulard)
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Vue opposée, toujours depuis le sommet de Xian Shan. Derrière les collines vertes, les usines crachent leurs fumées. L’industrie est une des principales sources de pollution à Pékin. (© Thierry Soulard)

«Si les conditions climatiques sont normales, nous atteindront les standards attendus », soutenais Du Shao Zhong, responsable du Bureau de protection de l'environnement de Pékin, lors d'une conférence de presse organisée par le comité d'organisation à Beijing le 27 février.

Transformer la ville

Pékin a ainsi retiré de ses routes plus de 100 000 vieux véhicules (taxis, bus) pour les remplacer par des modèles plus récents et moins polluants. Les transports en commun ont été développés. De nouvelles lignes de métro ont été construites. 4 000 bus carburants au gaz ont aussi été déployés, faisant de Pékin la ville comptant le plus de bus au gaz au monde.
Les normes des véhicules et des carburants ont également été élevés.

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Dans les rues des grandes villes chinoises, les véhicules à moteur remplacent peu à peu les cyclistes.
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Ceux qui persistent à prendre leur vélo – souvent parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture – slaloment au milieu des gaz d’échappements. Beaucoup portent des masques de protection. (© Thierry Soulard)

Les industries les plus polluantes ont également du se moderniser pour se mettre au niveau des nouvelles normes, ou carrément déménager. Capital Steel, le plus gros producteur d'acier chinois, qui occupait 8 kilomètres carrés en pleine capitale, est ainsi en voie de relocalisation dans une province voisine. L'entreprise a longtemps été le plus gros pollueur de la capitale.

La ville s'est également ouverte aux énergies renouvelables. La consommation de gaz naturel est passé de 300 millions de mètres cubes en 1998 à près de 4 milliards de mètres cubes en 2006, remplaçant peu à peu le charbon. 100 000 hutongs (maisons traditionnels) qui utilisaient le charbon ont été équipé en électricité ou en gaz, même si la récente vague de froid qui s'est abattue sur le pays a pousser les autorités à faire extraire encore plus de charbon. Le premier champ d'éoliennes de Pékin a même été inauguré à 70 kilomètres de la capitale, à la bordure de la province du Hebei. Il devrait fournir une partie de l'énergie pour le village olympique.

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Un bloc de charbon utilisé pour la cuisson. Dans les Hutongs, les habitations traditionnels de Pékin, le charbon est encore très couramment utilisé pour la cuisine et le chauffage. Un bloc de ce type représente quelques minutes de cuisson, en général, le temps de cuisiner un repas. (© Thierry Soulard)

Pour contrôler les tempêtes de sables qui au printemps et en été obligent les pékinois à marcher avec des sacs en plastiques sur la tête, la Chine tente de planter une « grande muraille verte » dans les provinces environnant Pékin, afin de contrôler l'avancée du désert. Dans Pékin même, de nouveaux espaces verts ont été inaugurés, tel la foret olympique, qui avec ses 680 hectares, sera le plus grand parc de Pékin.

Mesures temporaires

Suffisant ? Probablement pas. C'est pourquoi La Chine a également décidée de prendre des mesures temporaires pendant la durée des Jeux Olympiques. La plus spectaculaire de ces mesures : retirer plus d'un million de véhicules de la circulation. Pendant la durée des jeux, les voitures ne pourront rouler qu'un jour sur deux, en fonction du dernier numéro (pair ou impair) de leur plaque d'immatriculation. Certaines usines devront stopper leur activités deux mois avant les jeux. Les chantiers de la capitale seront également stoppés pour la durée des épreuves.
En cas de besoin, les provinces voisines pourraient également se voir ordonner de stopper leurs activités polluantes. Les cinq régions environnant Pékin font déjà en sorte de réduire leurs émissions de polluants.

Cela suffira il a assurer une bonne qualité de l'air pendant les jeux ? C'est ce qu'assure le Comité Olympique Pékinois. Mais qu'en sera il après les Jeux Olympiques ?

Certains experts et environnementalistes se désolent de voir que des mesures à court termes sont prises pour les Jeux Olympiques, mais que sur le long terme, les automobiles continueront d'envahir la capitale.

«Après les Jeux olympiques, la qualité de l'air continuera de s'améliorer, promet Du Shao Zhong. Les efforts que nous avons commencé en 1998, avant que Pékin n'obtienne les Jeux olympiques, continueront après 2008.» Espérons...

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Les restes de blocs de charbons utilisés, dans une décharge de Pékin. Le Charbon reste une des principales sources de pollution en Chine. La consommation de charbon à Pékin atteint 26 millions de tonnes par an. (© Thierry Soulard)

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