La Chine aujourd’hui : un peu de vert dans le rouge ?

La Chine n’est pas, à nos yeux d’occidentaux, un pays réputé pour ses préoccupations environnementales. Le pays est considéré comme le second pollueur au monde après les Etats-Unis et premier émetteur de CO2. Ses immenses besoins énergétiques font fleurir les centrales thermiques à charbon partout, en pleine campagne comme aux abords des villes, créant une énorme pollution. L’industrialisation galopante, l’exode rural vers les grandes villes et une urbanisation rapide ont largement contribué à ce phénomène.

La Chine n’est pas non plus réputée pour sa gestion de l’eau, confrontée qu’elle est à la fois à une sécheresse de plusieurs années qui vide les nappes phréatiques et aux crues dévastatrices de ses grands fleuves. De plus, la pollution industrielle de ses cours d’eau a pris des proportions alarmantes pour la santé des chinois.

La Chine doit également faire face à un grand problème de désertification. Pour nourrir son milliard et demi d’habitants le pays n’a que 8% de terres arables, le reste étant composé de déserts ou de montagnes. Toute parcelle cultivable est donc précieuse. Mais les déforestations sauvages ont exposé les terres aux inondations, aux vents de sable et à l’érosion des sols.

Que fait la Chine devant ces catastrophes écologiques présentes et à venir ?

 

La pollution

 

La pollution est responsable dans certaines régions particulièrement touchées de nombreuses maladies chroniques et même de malformations, malformations cardiaques, becs de lièvre, doigts ou orteils supplémentaires, etc. Environ 1,2 million des bébés qui naissent aujourd’hui en Chine sont affectés de malformations congénitales dues principalement à la pollution, à une mauvaise hygiène de vie, et à des conceptions tardives. 30% de ces enfants meurent dans leur première année. Ces malformations ont augmenté dramatiquement de 40% entre 2001 et 2006. Ainsi dans la région de Datong, région charbonnière par excellence, beaucoup d’enfants naissent avec deux pouces. Ce que nous a confirmé notre jeune guide chinois qui lui-même était affecté de cette anomalie.

Le gouvernement chinois vient tout juste de prendre en compte ce grave problème de santé qu’il considérait jusqu’alors comme mineur et lance cette année un vaste programme de prévention prénatale.

 

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Datong - A l'horizon, les centrales à charbon

 

A la décharge de la Chine, dans le nord-est en particulier, cette pollution est aggravée par des conditions climatiques très particulières : des hivers longs et brumeux, des étés chauds et humides et des printemps et automnes extrêmement courts d’à peine trois semaines : ainsi, à Pékin par exemple, le ciel toujours voilé n’est qu’en partie seulement dû à la pollution.

 

Les énergies renouvelables

 

Et cependant, un grand effort est fait pour implémenter des solutions d’énergies alternatives, panneaux solaires ou éoliennes. Tous les nouveaux bâtiments doivent être équipés de panneaux solaires. Et ils sont nombreux ces nouveaux immeubles puisque la Chine construit en un mois l’équivalent d’une ville comme Paris.

 

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Datong - Chantiers d'immeubles

 

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Lanzhou - Des tours en construction

 

Cent millions de mètres carrés sont actuellement alimentés par des panneaux solaires. Ce chiffre devrait atteindre les 150 millions d’ici 2010. La Chine est désormais le premier producteur au monde de chauffe-eau solaires. Cependant, une commission récente a montré que seulement la moitié des nouvelles constructions respectaient les directives gouvernementales qui devraient assurer 40% d’économies d’énergie dans l’immobilier.


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Datong - Des panneaux solaires sur les toits

 

En Mongolie intérieure et dans la province ouïgoure de Xinjiang, deux régions très ventées du nord et du nord-ouest de la Chine, on peut voir de nombreuses fermes d’éoliennes. Celle située près de Tourfan dans le désert de Gobi comporte plus de 600 éoliennes qui fournissent chacune 30 kW/minute d’après ce que l’on nous a dit. Un programme ambitieux devrait permettre ainsi à la Chine de fournir 10% de son énergie et la placer à la première place du marché éolien d’ici 2020.


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Désert de Gobi - Une ferme d'éoliennes

 

La gestion de l’eau

 

Depuis des millénaires la Chine a tenté de se protéger des caprices de ses grands fleuves. Le Fleuve Jaune, nommé par les chinois « le Chagrin de la Chine » en raison de ses crues dévastatrices par son débit qui peut être décuplé à la saison des pluies, ravageant les provinces qu’il traverse, en est un bon exemple. Il doit son nom de Fleuve Jaune à la grande quantité de limon qu’il charrie au passage à travers les collines de loess. Ces sédiments se déposent dans son lit dans la grande plaine du nord de la Chine. A cet endroit ses berges sont protégées par de nombreuses digues mettant le fleuve à 13 mètres au-dessus des terres et provoquant des inondations catastrophiques et de lourdes pertes humaines et économiques lorsqu’elles se rompent sous la pression des eaux.

 

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Lanzhou - Le Fleuve Jaune

Ce fleuve est particulièrement emblématique de la mauvaise gestion de ses eaux dans son cours moyen : dérivations, rétention des eaux et cultures intensives sont à l’origine des problèmes d’assèchement que connaît le fleuve dans son delta. Certaines années, il est asséché sur ses 500 derniers kilomètres et n’atteint même plus la mer privant d’eau les terres fertiles du delta.

Dans toute la Chine, la pollution industrielle détruit peu à peu les ressources en eau potable, souillant fleuves et nappes phréatiques dans l’indifférence générale des instances politiques. Et pourtant cette pollution crée de graves problèmes de santé. Des solutions sont à l’étude, mais aucune n’a abouti pour l’instant.

Et pourtant en pays ouïgour, il y a un peu plus de 2200 ans, sous la dynastie des Han, les chinois on su inventer d’ingénieux systèmes d’irrigation : les « Karez ». Ce sont des canaux souterrains alimentés par les neiges des montagnes, et dont la déclivité est inférieure à celles de la pente pour réguler le débit des eaux. Dans la dépression de Tourfan, en bordure des déserts de Gobi et du Taklamakan, ces canaux circulent sur une longueur de 60 kilomètres. Des puits percés tous les 30 mètres environ permettent de remonter les gravats et d’entretenir le canal. Les Karez garantissent une eau fraîche et non polluée. Dans cette province de Xinjiang, les Karez alimentent aujourd’hui encore les oasis et irriguent les cultures de raisin, principale ressource de la région depuis des siècles.

 

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Tourfan - L'entrée des Karez

 

La désertification

 

Mais la Chine doit également faire face à un grave problème de désertification. Le pays ne comporte que 8% de terres arables, le reste étant composé de déserts ou de montagnes, ce qui est très peu pour nourrir son milliard et demi d’habitants. Le désert, le sable et l’érosion des sols gagnent inexorablement du terrain. Une ville comme Dunhuang au sud du désert du Taklamakan perd ainsi 4 mètres de terrain chaque année, l’avancée du sable enfouissant peu à peu arbres et habitations et privant les paysans de leurs cultures.


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Dunhuang - Une oasis au pied des dunes

 

Quant au réchauffement climatique qui fait fondre les glaciers du Tibet à raison de 7% par an, il provoque érosion, désertification et tempêtes de sable dans tout le nord de la Chine et des vents de poussières jusqu’à Pékin.

Les chinois se battent avec des moyens dérisoires contre ce phénomène. Ils ont établis ce qu’ils appellent « la Barrière Verte » en plantant sur toutes les collines de loess des millions d’arbres. Mais cette protection s’est vite révélée inefficace contre l’avancée inéluctable de l’érosion. Les jeunes arbres plantés nécessitent de l’eau et des soins pour atteindre leur maturité et être efficaces contre les vents de sable et l’érosion du sol. Et l’eau manque. De plus, certains paysans démunis ont souvent utilisé ces ressources comme bois de chauffage. Globalement, la Barrière Verte n’a pas eu l’effet escompté.

 

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Le reboisement des collines de loess

Les déforestations massives dans toute la Chine et au Tibet ont crée une pénurie en bois, d’autant que les nouvelles constructions en nécessitent beaucoup. Les chinois sont donc devenus les premiers importateurs de bois de Russie et de Malaisie, souvent de façon illégale, provoquant de grandes coupes de bois dans ces pays.

Le problème a simplement été déplacé. La Chine s’approvisionne donc maintenant en bois au détriment d’autres pays.

 

Le retraitement des ordures

 

Là, beaucoup reste à faire. La Chine pratique encore majoritairement l’enfouissement des ordures aux alentours des grandes villes créant de nouvelles sources de pollution. Les centres de recyclage existent mais sont encore trop peu nombreux. Même si un effort est fait pour le promouvoir, le tri sélectif n’existe pas ou peu et est très artisanal. C’est une source de petits boulots et de revenus pour beaucoup de gens pauvres, leur permettant de gagner quelques yuans en séparant les bouteilles en plastiques des canettes métalliques ou en récupérant les cartons dans les tas d’ordure. Le butin récolté est ensuite vendu dans les centres de recyclage. Ce sont souvent des femmes ou des personnes âgées qui font ce travail.

 

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Linfen - Récupération de cartons

 

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Lanzhou - Le tri des bouteilles en plastique


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Kashgar - Un vieillard qui a collecté des bouteilles

 

Même si dans les grandes villes le ramassage des ordures ménagères se fait à heure fixe par des bennes, on croise souvent des personnes à vélo avec des carrioles remplies du contenu des poubelles de la ville. Ou encore des vélos chargés de bouteilles et cartons à recycler.

 

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Datong - Le ramassage des ordures

 

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France Bonnouvrier
Lanzhou - En route pour le centre de recyclage

 

Le gouvernement chinois a pris la décision d’interdire les sacs plastiques gratuits et de promouvoir les sacs réutilisables. Cet arrêté devrait s’appliquer à partir de Juin 2008. A quand une telle décision en France ?

Et que dire des pays occidentaux, Europe et Etats-Unis, qui envoient en Chine une grande partie de leurs déchets électroniques où ils sont triés et recyclés à la main au détriment de la santé de ceux qui effectuent ce travail ? Nous y avons nous aussi notre part de responsabilité.

Pékin a pourtant ratifié la Convention de Bâle interdisant l’importation/exportation de produits dangereux. Washington ne l’a pas fait. La Chine interdit donc en principe l’importation de déchets électroniques, mais la corruption pratiquée auprès des douaniers chinois permet à certains pays de passer outre.

 

Au royaume des balais

 

Et pour terminer, une note un peu plus gaie dans ce tableau bien noir.

La Chine n’est pas réputée pour sa propreté. Qui a fréquenté les toilettes publiques de ce pays s’en souviendra longtemps. Il est vrai que les chinois avaient aussi pour habitude de cracher par terre où qu’ils se trouvent et ce avec force raclements de gorge. Mais, problèmes sanitaires et Jeux Olympiques obligent, des recommandations ont été faites et cette habitude semble maintenant quelque peu passée. Mais un très gros effort est fait pour le nettoyage des villes, tout au moins dans les artères principales. Les chaussées et trottoirs sont balayés en permanence, pas de papiers qui traînent, pas de bouteilles en plastique ou de mégots jetés par terre, et pourtant les chinois sont de gros fumeurs.

Bref, le chinois balaye tout le temps, les places, les rues, les autoroutes. A des kilomètres de toute habitation, on peut voir sur les autoroutes des hommes munis de pelles et de balais en train de ramasser la moindre brindille. Et même dans les villes éloignées de la capitale, comme Urumtsi ou Kashgar, des employés municipaux traquent sans relâche le moindre papier.

 

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France Bonnouvrier
Urumtsi - Le nettoyage près du marché

 

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Kashgar - Une belle harmonie de bleu

 

Et l’on trouve des balais partout en Chine, dans les monastères, dans les halls d’immeubles, dans le désert, et même quelquefois dans les arbres. Abandonnés dans un coin, d’aspect souvent usé voire très fatigué, ces balais relèvent d’un grand esprit inventif par leur diversité de couleurs et de fabrication, de la plus artisanale à la plus sophistiquée.

 

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Josette Auriault
Pyngiao - Grand nettoyage au Monastère

 

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Dunhuang - Balai et poubelle du désert

 

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Kashgar - Un balai dans un arbre

 

Et à Tourfan, nous avons même pu admirer un petit miracle de la technologie chinoise moderne, la wassingue à roulettes :

 

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Tourfan - Un exemple de mécanisation à la chinoise

 

Enfin un bon point pour la Chine : les chinois sont les champions du balai…

 

Une sensibilisation grandissante

 

Ceci n’est bien sûr qu’un survol très partiel des difficultés de la Chine en matière d’environnement. Le pays est immense, les problèmes sont énormes, mais l’énergie des chinois est sans pareille.

Même si les dirigeants chinois n’ont pas toujours tenu compte des avis des experts comme dans le cas du barrage des Trois Gorges, une certaine Chine se bat pour protéger son environnement, à sa manière, avec des moyens quelque fois inappropriés et sans toujours y parvenir, mais elle se bat, et cela il faut le reconnaître. La population est de plus en plus sensibilisée aux enjeux écologiques, surtout en ce qui concerne la pénurie d’eau et la pollution, sources de soucis quotidiens aussi bien dans les campagnes que dans les villes.

Malgré de gros efforts et une volonté affirmée des politiques en matière d’économies d’énergie et de sources d’énergie alternatives, le pouvoir central a tout juste commencé à prendre la mesure de ces enjeux environnementaux. On ne peut qu’encourager ce pays dans cette voie. Et que peut faire un pays émergent confronté à tant de difficultés sans l’aide des pays plus développés ? Les problèmes écologiques de la Chine nous concernent tous : ce n’est plus une affaire locale mais internationale.

Merci enfin à tous ces chinois qui ont accepté de nous parler, ce qui n’est pas toujours facile dans un pays qui ne respecte ni la liberté de parole, ni les droits de l’homme. Mais ceci est un autre sujet.

 

 

 

 

 

 

 

 

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