La décroissance est-elle une solution au défi environnemental?

La protection de l'environnement est le défi majeur du XXIeme siècle. De l'environnement découle la qualité de vie et le bien être . Or le modèle économique actuel détruit la planète, il apparaît donc nécessaire aujourd'hui de trouver une alternative. L'écologie a fait son apparition dans le débat politique et plusieurs mouvements s'affirment. Parmi eux la décroissance est un concept sous médiatisé, notamment par rapport au développement durable, car il s'oppose radicalement aux théories capitaliste et libérale dominantes. La décroissance propose en fait de faire machine arrière en revenant sur les défauts du développement pour tenter de reconstituer le capital naturel de la planète.


Une remise en cause générale de la croissance.


Tout part d'abord d'un constat: l'environnement se dégrade à grande vitesse. La pollution atmosphèrique est responsable du réchauffement climatique qui provoque la fonte des glaces, la montée des eaux, la désertification, la disparition d'espèces vivantes, le déreglement climatique... Toutes les régions de la planète sont touchées et sont exposées à des problèmes de plus en plus graves dans les années à venir.
De plus les ressources naturelles sont exploitées irraisonablement. Les énergies fossiles, dites non renouvelables sont en rarefaction. De même la déforestation, la sur-pêche, l'urbanisme sauvage vont à l'encontre d'une gestion durable du capital naturel de la Terre.
Or toutes les dégradations de l'environnement sont les conséquences négatives de la croissance. La Division Internationale du Travail qui se traduit par la mondialisation économique augmente considérablement la quantité de transport qui non seulement consomme du pétrole mais aussi pollue en rejetant quantité de gaz à effet de serre. L'hyperconsommation a une double conséquence, la consommation de matière première d'une part, l'augmentation des déchets d'autre part. En fait la croissance telle qu'on la définit actuellement fonctionne sur un processus de destruction créatrice où l'on detruit l'environnement pour produire ce que l'on consomme.
De plus l'économie arrive à une période difficile où pointe un risque de récession. Il est de plus en plus difficile d'avoir une économie en expansion dans les pays développés et l'objectif de croissance est de plus en plus destructeur. M. Chassot, professeur d'économie au lycée G. Sand (Domont) décrypte cette remise en cause générale de la croissance.


Le danger réside dans le fait qu'une récession, sorte de décroissance involontaire, ajouterait aux destructions environnementales de la croissance, une hausse du chômage et une instabilité politique. Il y a donc à la fois une crise écologique et une crise économique aux quelles il faut répondre. M. Poulet, maire écologiste de Bessancourt, donne sa vision sur le problème.



Pour résoudre les problèmes environnementaux, il faut donc s'attaquer à la base c'est à dire aux problèmes économiques. En effet les deux sont directement liés avec en aval l'économie et en amont l'environnement. La réponse au défi environnemental aura des répercussions sur toute la société en ayant une dimension à la fois économique, environnementale, sociale, et politique. C'est également la position du Club de Rome qui écrivait dans le rapport Meadows dès le premier article:


" Nous avons la conviction que la prise de conscience des limites matérielles de l'environnement mondial et des conséquences tragiques de l'exploitation irraisonnée des ressources terrestres est indispensableà l'emergence de nouveaux modes de pensée qui conduiront à une révision fondamentale du comportement des hommes, et, par suite, de la structure de la société actuelle dans son ensemble. "

La Décroissance est une solution.


Actuellement la solution la plus envisagée dans le monde politique est le développement durable. Ce concept semble pouvoir concilier toutes les attentes en permettant une croissance sans épuiser la planète. Le problème est que nous avons déjà puisé très loin dans les ressources de la Terre, si loin que l'on ne peut pas à la fois les reconstituer et poursuivre le développement. On oublie souvent que la croissance n'existe que depuis la Revolution Industrielle soit seulement 200 ans qui ont suffit à provoquer les dégats que l'on connaît aujourd'hui. Pour permettre un développement il faut augmenter la consommation d'énergie. Or actuellement nous ne sommes même pas en mesure de ne consommer que de l'énergie renouvable alors comment envisager un développement sans puiser dans les ressources naturelles? Alors comment envisager un développement durable? M. Hongre est un écrivain qui milite pour la décroissance, il explique ce qu'est la décroissance et ce qui la démarque du développement durable.


La décroissance apporte donc bien une solution au problème environnemental mais elle pose d'autres question notamment au niveau du bien être. La consommation est dans notre société une composante essentielle, elle nous permet de satisfaire non seulement nos besoins mais aussi nos désirs avec une telle efficacité que nous ne faisons plus tellement la différence entre les deux. Dès lors qu'en sera-t-il du confort qui est le symbole notre mode de vie? La croissance a, certes, eu des effets très négatifs mais il y a eu aussi de nombreux acquis industriels qui rendent notre condition de vie bien meilleur que celle pré-Révolution Industrielle. Il n'est pas question de retrouver un mode de vie Moyen Ageux, il y a une limite à la décroissance comme il y a une limite à la croissance


La décroissance veut en fait assurer un niveau de vie inférieur à celui dont on jouit aujourd'hui, mais qui ne mettrait pas en péril l'équilibre environnemental. Cela passe par un "passage au crible des effets négatifs" pour éliminer les productions inutiles ou bien celles dont une technologie plus ancienne mais moins destructrice suffit. Ainsi seuls les véritables acquis subsisteront.
De plus la décroissance permet de se détacher de l' aspect matérialiste omniprésent dans la vie quotidienne. La publicité que l'on voit partout actuellement n'a plus sa place dans une société en décroissance. La consommation modérée débouche selon le principe d'offre et de demande sur une prodution modérée et donc sur une destruction modérée. Les énergies renouvelables tiennent elles aussi une place très importante dans le concept de décroissance car grâce à une sensible baisse de la consommation d'énergie, il sera possible de ne plus utiliser d'énergies fossiles et de s'axer uniquement sur l'éolien, le solaire, l'hydrolique, la géothermie... et donc de permettre la reconstitution du capital naturel de la Terre.
Cependant avec le ralentissement de l'activité économique, le problème du chômage se pose. Voyons d'abord que depuis vingt ans, le chômage monte malgré la croissance, et ensuite que le retour à des moyens de productions moins productifs permettrait avec un meilleur partage des tâches de limiter la hausse qui est inévitable dans un premier temps (à cause de la transition). Mais surtout les besoins-désirs seraient moins important donc on peut travailler moins et donc gagner moins.

Enfin un problème incontournable se pose: nous vivons en démocratie libérale et nous sommes libres de consommer autant que l'envie s'en fait sentir, un système qui limite notre consommation ne va-t-il pas à l'encontre de nos valeurs?
La réponse n'est pas exclusive et c'est à chacun de se faire son opinion mais notons quand même que:
-le système actuel ne donne pas la liberté de consommer mais l'obligation de consommer sinon l'économie est en berne.
-une décroissance maitrisée doit faire baisser les inégalités en assurant un niveau de vie convenable à tous et en évitant des exagérations de confort et de consommation.
-une société de décroissance réduit le matérialisme et par extension l'individualisme ainsi elle accroît la solidarité.
On voit donc bien comment la décroissance maîtrisée revêt les quatre dimensions, économique, environnementale, sociale, et politique. Mais au-delà de la théorie, est-ce réalisable?


Concrétement est-ce réalisable?


Au niveau local nous pouvons compter de nombreux exemples d'application du concept de décroissance. La ville de Bessancourt développe un projet d'éco-quartier dont le principe est :
- d'un point de vue environnemental créer des habitats de Haute Qualité Environnemental, c'est à dire dont le chantier tient compte de l'environnement, dont les matériaux sont à base de matières premières renouvelables (bois), et qui ont une consommation d'énergie et d'eau minimale.
-d'un point de vue économique profiter des revenus (fiscaux) pour protéger l'environnement.
-d'un point de vue social permettre à toutes les catégories sociales d'y accéder en profitant des systèmes gouvernementaux d'aide à l'accession à la propriété pour qu'ainsi l'écologie ne soit plus réservée à une élite.
Cela marche très bien mais si les villes d'à côté ne font pas les mêmes efforts, au bilan final ces efforts sont vains. Il faut donc une coordination au niveau régional d'abord et par extension au niveau national puis international.


Dès lors se pose une dernière question, peut-on demander aux pays en voie de développement d'entrer dans une phase de décroissance? Non évidemment la décroissance ne devrait s'appliquer qu'aux pays riches dont l'empreinte écologique est exagérée et les pays pauvre devraient suivre un programme de développement durable le temps de rattraper les inégalités. Cependant une telle coordination semble irréalisable compte tenu des rivalités géopolitiques et demanderait un changement total des mentalités ce qui relève de l'utopie.

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