La totale
Fos-sur-Mer n'est pas vraiment une station balnéaire. Autrefois petit village de pêcheurs et de marais salants situé entre la Méditerranée, la plaine de la Crau, la Camargue, l'étang de Berre et le delta du Rhône, la politique industrielle de la fin des années 60 en a fait le premier port de la Méditerranée et la deuxième commune de France en nombre d'installations classées SEVESO avec 17 sites à risque.
Sur 7000 ha entre Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône s'étend l'une des zones industrialo-portuaires les plus grandes du monde, dédiée à la sidérurgie, au raffinage et stockage du pétrole, la chimie, la construction offshore, la cimenterie.
L'activité portuaire dépend du Port Autonome de Marseille.
La situation du site est idéale pour ces activités : à 50km de Marseille, très bien desservie par les axes autoroutiers européens et le canal du Rhône, ... et copieusement ventilée par le Mistral.
Autant en emporte le vent donc, avec pour compléter le décor le plus grand parc éolien de la région PACA composé de 25 machines de 75 mètres de hauteur qui s'ébattent sur 5 km le long du canal du Rhône, sur la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
Jusqu'ici tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, avec 13 obtentions depuis 1994 du label Pavillon Bleu d'Europe qui récompense les communes pour la bonne qualité des eaux de baignade et les efforts faits pour la gestion des eaux et l'environnement.
Pour la qualité de l'air, il n'existe malheureusement pas de label.
©J. Girardot
Vue depuis l'église de Fos-sur-Mer
Le pourtour de l'étang de Berre est une des zones les plus polluées de France pour la pollution au dioxide de soufre, dioxide d'azote (1er à 3e en France), ozone (1er en Europe), hydrocarbures aromatiques polycycliques (10% des rejets français), benzopyrène, naphtalène, métaux lourds (cadmium, nickel, plomb, chrome...)
Au début du XXIe siècle viennent s'ajouter à cela deux projets, qui ne tarderont pas à devenir réalité malgré la forte mobilisation des habitants de la région.
De l'eau dans le gaz, phase terminale
Quand GDF lance le projet d'un second terminal méthanier à Fos, les associations de défense de l'environnement ne s'opposent pas tant au projet industriel lui-même qu'au choix de son implantation : sur le front de mer au bout de la plage du Cavaou, qui est une des plus fréquentées par les habitants et les touristes.
Le projet comprend trois cuves de 40m de haut sur 80m de diamètre destinées à recevoir du gaz liquéfié (GNL). En dehors d'une atteinte supplémentaire au paysage et des restrictions d'accès à la plage, ce sont 1 500 000 m3 d'eau de mer qui seront pompés chaque jour pour réchauffer le gaz liquéfié réfrigéré afin de le rendre volatil pour la suite de son acheminement par gazoduc. L'eau sera ensuite rejetée à une température inférieure de 6°C à sa température initiale, ce qui est susceptible de perturber l'écosystème marin. Ce terminal permettra d'accueillir des bateaux méthaniers encore plus grands que ceux qui circulent actuellement dans cette zone, mais son implantation éliminera la seule station d'accueil pour bateau en détresse de la côte.
Enfin, le risque majeur est l'explosion, comme il a pu s'en produire à Zebrugge en Belgique ou Skikda en 2004 Algérie, et même à Fos en 2003 quand une torchère a explosé dans le terminal déjà existant, restant inexpliquée...
Le permis de construire sera finalement accordé et tous les recours déposés par les associations auprès du tribunal administratif seront rejetés. Les associations ont proposé d'autres sites d'implantation moins nuisibles dans la zone industrielle qui ne seront pas retenus par GDF, découvrez pourquoi dans la vidéo.
L'incinérateur : brûlot fosséen
A l'étude depuis plusieurs années, le projet d'incinérateur destiné à traiter les ordures ménagères de Marseille (600 000 tonnes par an) fait l'actualité au même moment que le terminal GDF. Proposé comme une alternative à l'énorme décharge à ciel ouvert d'Entressen à quelques kilomètres de là, l'incinérateur représente un investissement de 291 millions d'euros à la charge des contribuables marseillais et de nouveaux risques pour la santé qui viendraient s'ajouter à un environnement déjà extrêmement malmené et pollué.
En octobre 2001 a lieu le scandale de l'incinérateur de Gilly-sur-Isère avec des taux de dioxines anormalement élevés, et le grand public prend conscience de la dangerosité des incinérateurs de déchets, la mobilisation redouble alors contre le projet de Fos-sur-mer. Les associations de défense de l'environnement doivent faire face à un nouveau front de lutte, redoublent d'efforts, mais ne sont pas pour autant écoutées. Des élus prennent position, le débat dépasse les querelles politiciennes pour devenir réellement politique car il touche de plus en plus à une question profonde de choix de civilisation...
« Si j'avais le moindre doute sur les dangers prétendus d'un incinérateur croyez-vous que je le ferai construire ? »
Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille
Le combat est inégal face au lobby industriel soutenu par les décideurs, les habitants trouveront une botte secrète dans un arrêté ministériel de 1994 qui protège les espèces animales et végétales. C'est le lys maritime présent sur le site envisagé pour la construction qui portera le coup le plus dur à l'avancée du projet, pour un temps seulement. En septembre 2006, la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence finira par invalider la sentence du Tribunal de Grande Instance qui avait suspendu les travaux. La bataille se poursuit avec un pourvoi en cassation des opposants et un dépôt de plainte auprès de la Cour Européenne de Justice, mais pendant ce temps le chantier bat son plein.
Alors qu'un référendum a mobilisé 65% des électeurs de Port-Saint-Louis, Istres et Fos (23 000 votants aux urnes) et montré que 98% d'entre eux étaient contre cet incinérateur, les pouvoirs publics et leurs experts sont décidés à passer en force.
Les études sanitaires en Rhône-Alpes, à Besançon ou en Grande-Bretagne qui montrent des taux anormaux de cancers, de malformations et d'affections respiratoires sont systématiquement contrées et jugées non recevables pénalement alors que les médecins généralistes tirent la sonnette d'alarme. Il n'existe en région PACA aucun registre des cancers.
Pourtant les alternatives existent, moins coûteuses et réellement productives de valeur ajoutée.
Le processus d'incinération rend polluants les déchets recyclables inoffensifs en les transformant en fumée et en résidus solides : les mâchefers, qui au bout du compte finissent dans des décharges ou servent de base au revêtement des routes.
La France est "leader" en Europe en matière d'incinération mais accuse un sévère retard dans le domaine de la valorisation et du tri sur ses voisins européens, alors que ces filières sont non seulement moins polluantes mais surtout génératrices de bien plus d'emplois.
Les promoteurs de l'incinération assurent que les dernières générations d'usines de traitement sont beaucoup moins polluantes, mais les contrôles restent extrêmement rares et ne sont pas assurés par suffisamment d'organismes indépendants.
L'essence de la lutte
Ces combats contre des moulins à gaz et à vapeurs auraient usé plus d'un Don Quichotte, des élus sympathisants des mouvements de protestation ont été violemment rappelés à l'ordre.
© Gérard Fraissenet
Un élu pendant une manifestation contre l'incinération
Quand des citoyens montrent leur volonté de faire un vrai choix de société, d'agir plutôt que subir et qu'ils ne sont pas entendus, il est important pour eux de rappeler qu'ils ont une voix et que c'est leur devoir de la faire entendre.
Un rassemblement national contre l'incinération aura lieu à Marseille le samedi 1er mars.
Pour aller plus loin :
http://www.cniid.org/
http://www.ouestprovence.com/
http://golfedefos.free.fr/projets/projetAcc.htm
http://www.gazdefos.com/
http://www.collectif-anti-incineration.com/
http://www.marseille-port.fr
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