La leçon de ski de Burzier, la petite station abandonnée

A l'approche de la fin des vacances scolaires d'hiver, les professionnels de la montagne ont le sourire. Les taux de réservation, souvent supérieurs à 80%, ont même dépassé les prévisions établies par l'ODIT en début d'année. A l'origine de ce succès, une météo de grand nord : neige, soleil et froid nocturne ont permis aux stations de ski de débiter du skieur. Toutes les stations de ski ? Non. Sauf une.

A 6 km du centre-ville de Sallanches (Haute-Savoie), le domaine skiable de Burzier fête, cette année, le 20e anniversaire de sa non-ouverture : des pistes à faible altitude (entre 900 et 1,600 m), un enneigement insuffisant,... autant d'éléments structurels qui entraînèrent la faillite de l'exploitant des installations. Résultat : la station de ski de Burzier fut abandonnée, en l'état, trois ans à peine après sa mise en route.

Tu es béton

En remontant la pente, on trouve d'abord la "verrue", ainsi déplorée par le maire de la commune. C'est l'ancienne gare de départ du télésiège de Burzier, dont la construction en béton n'a d'ailleurs jamais été achevée. Viennent ensuite les pylônes et câbles de la remontée mécanique, "une pollution visuelle". Pour autant, l'année 2008 pourrait bien marquer le terme de cette dégradation du paysage montagnard.

Le sort de la station de ski de Burzier aurait-il ému les participants au second forum international d'Avoriaz "Les stations de montagne s'engagent pour la planète" (janvier 2008)? Non. A moins que l'on en ait auparavant débattu lors des 1ères rencontres alpines "quel avenir pour nos montagnes ?" (Sallanches, novembre 2007). Non plus.

Si le sujet du développement durable en montagne fait débat, il concerne davantage l'avenir, plutôt que les atteintes d'hier à l'environnement. Beaucoup de communication environnementale donc, mais pour l'action, c'est à une initiative privée que l'on doit la prochaine (2009) réhabilitation en logements de l'ancienne gare du télésiège de Burzier.

 

Cette initiative, d'un particulier établi dans la vallée, et "fier de ne pas travailler dans l'immobilier", est exemplaire à plus d'un titre. D'abord, il y en a peu. Car les assidus du ski de piste assument rarement leur part de responsabilité dans la mécanisation de leur terrain de jeu. Surtout dès qu'il s'agit de mettre la main à la poche.

Réalisé en 1970, ce reportage drôle et iconoclaste de l'INA évoque la naissance de la pratique d'un ski industriel et ne fait pas de mystère des coupables.

Péréquation des charges

Si peu d'opérateurs privés se lancent dans la réhabilitation de friches, c'est qu'un tel projet ne va pas sans surcoûts qui prétéritent sa viabilité financière. Pour commencer, il y a le surcoût de l'acquisition de la friche. La gare du télésiège de Burzier est d'ailleurs valorisée à plusieurs centaines de milliers d'euros. Autre surcoût, la remise en état de la structure. Le cœur de la gare est ainsi occupé par un massif d'ancrage en béton. D'où le dilemme : le démolir (compter EUR 25,000 HT) ou le garder, en diminution de la surface habitable ? Bref. De quoi refroidir les ardeurs.

Dans ce contexte, une source de financement alternative, bien souvent, publique, apporte une réelle plus-value en terme de développement durable. A défaut, c'est Paul - des mesures actives de protection de l'environnement - que l'on déshabille pour habiller Jacques - les surcoûts.

C'est ce que l'on a observé à Burzier, après que la région Rhône-Alpes, auto proclamée "première région de France en matière de budget alloué aux énergies renouvelables", ait décliné tout intérêt pour le projet de réhabilitation. On ne sera donc pas surpris d'y retrouver du "tout électrique", plutôt que des énergies renouvelables pour la production d'énergie.

James Bond, reviens !

Au-dessus de la gare, parmi les sapins, les installations abandonnées de la remontée mécanique, "qu'il faudra bien démonter", selon le maire de la commune. "Qu'il faudra bien financer", pourrait-on rajouter. Car l'exercice est particulièrement onéreux pour la collectivité : entre EUR 50,000 et EUR 80,000, pour le démontage d'un simple téléski, selon les estimations de l'association Mountain Wilderness.

burzier_2.JPG
Fabrice Viard

Dans ce domaine également, Burzier s'est distinguée par son originalité. Les pylônes et les câbles les plus proches de la gare de télésiège ont d'abord été démontés... à la main, par leur premier propriétaire. Il faut dire que l'autorisation de changement d'affectation du bâtiment en habitation était conditionnée à ce déblayage. Cette méthode musclée est néanmoins difficilement transposable.

burzier_3.JPG
Fabrice Viard

Et puis James Bond est arrivé. En 1999, les scènes de poursuite à ski du 19e opus de la saga, "The world is not enough", furent tournées à Burzier. L'occasion était belle de solliciter la MGM, producteur du film, voire la méchante Sophie Marceau (dans le film), pour le financement du démontage de la remontée mécanique abandonnée. Mais elle n'a pas été saisie. Difficile aujourd'hui d'en connaître les raisons.

La course au démontage

Et puis, plus rien. Juste un statut d'"installations obsolètes", attribué par l'association Mountain Wilderness, dans son étude "En finir avec les installations obsolètes" (2002). C'est qu'aujourd'hui, elles prolifèrent. Selon l'association, il y en aurait plus de 240, qui périclitent dans l'espace montagnard. Et ce chiffre, pour le moins inquiétant, n'a pas valeur d'exhaustivité. En 2008, on peut déjà ajouter à la liste, les installations de la station de ski d'Abondance (Haute-Savoie), qui ne tourneront plus, sur décision communale. Quelques degrés de plus en hiver, et, d'ici peu, la course au démontage sera ouverte.

Aux dernières nouvelles, la mairie de Sallanches aurait pris la décision de démonter les installations obsolètes de Burzier, à la faveur d'une aide financière de la Région Rhône-Alpes. Si tel était le cas - l'information n'a pas été formellement confirmée -, souhaitons que cette "télé-féérie" serve de leçon aux pratiquants de la montagne qui en auraient gardé une image d'Epinal.

Pour aller plus loin : "Des usines et des hommes", l'Alpe n°40, Revue trimestrielle, "Culture et patrimoine de l'Europe Alpine".

Pour pouvoir signer votre commentaire, merci de vous inscrire. Dans le cas contraire, vous apparaîtrez comme "anonyme".