Alors qu'en France les conclusions du rapport Attali concernant l'environnement continuent de faire débat et laissent le chantier écologique en attente, nous avons voulu voir comment nos amis d'Outre-Manche s'organisent pour réduire les impacts de l'Homme sur la planète.
Au niveau national, la politique environnementaliste du Royaume-Uni pourrait être comparée à celle de la France: conscience de l'urgence de la situation, promesses à foison, et finalement peu de mesures concrètes. Bien que quelques mesures aient été prises après le discours de Tony Blair (en septembre 2004) sur la nécessité d'agir très vite et l'idée d'une taxe sur les émissions de CO2, elles restent pour le moment mineures et n'ont pas encore abouti à une réelle inscription de l'enjeu écologique dans la vie quotidienne de tous les citoyens. Cependant, à l'Ouest de Londres, l'université d'Oxford Brookes a devancé les décisions nationales et montre l'exemple à ses étudiants.
L'université d'Oxford Brookes fait figure de précurseur en terme de concrétisation des impératifs écologiques. En 2003, s'inscrivant dans une volonté de développement durable, l'institution a été élue première université « Fair Trade » du monde.
Mais le commerce équitable n'est qu'une des nombreuses mesures mises en place à l'échelle du campus tout entier, campus de taille puisqu'on y trouve 3 000 employés et près de 19 000 étudiants.
Les mesures vertes mises en place
La politique verte de Brookes est organisée par une « Environment Team » qui doit s'assurer du bon fonctionnement du recyclage et autres initiatives, mais qui doit également innover régulièrement.
Le recyclage concerne aussi bien les étudiants que le personnel enseignant et administratif.
Delphine Evenou
Des poubelles de tri nouvelle génération qui commencent à émerger, pour améliorer le recyclage.
Des poubelles de tri se trouvent à l'entrée des résidences universitaires. Les poubelles pour le « papier blanc » (les feuilles d'ordinateurs) sont disposées partout à l'intérieur des bâtiments afin d'éviter le gaspillage des photocopies ou des feuilles mal imprimées par exemple.
Delphine Evenou
Les "Grundon boxes", qui permettent de recycler le plastique, le papier et le carton.
Les courriers sont envoyés par enveloppes en papier recyclé, et de vieilles enveloppes sont utilisées pour le courrier interne. Les étudiants boivent leur café dans des gobelets recyclables (8 000 l'ont été l'année dernière) et bénéficient de réductions s'ils apportent leur propre tasse.
Depuis peu, l'université se charge de récupérer les vieux ordinateurs et les téléphones portables des étudiants, et recycle les CDs (entre autres pour les projets d'art), qui sont de plus en plus nombreux depuis qu'ils sont devenus un support publicitaire (opérateurs Internet notamment). Enfin, chose peu commune, on voit émerger des poubelles pour les « déchets verts », c'est-à-dire pour les fruits et les légumes, qui sont compostés afin de fabriquer de l'engrais.
Un des aspects majeurs de la politique de l'université est la prise en main des transports. Après un premier plan, elle a adopté en 2006 le « Sustainable Travel Plan » (plan de transports durables), établi sur quatre ans. C'est ainsi que sont apparus les « Brookes buses », qui relient les trois campus et desservent le centre ville d'Oxford.
Delphine Evenou
Les bus de l'université permettent de réduire le traffic.
Le but est évidemment de réduire l'utilisation de voitures privées et donc l'émission de gaz à effet de serre. Chaque étudiant logé dans une des neuf résidences universitaires se voit ainsi délivrer un abonnement gratuit pour l'année à ces bus, de même que des réductions sur les réseaux de transports municipaux.
On trouve aussi des mesures plus originales, comme la préservation de la biodiversité du campus. En 1999, mille bulbes de fleurs ont été plantés sur le campus principal. Ce site comporte par ailleurs deux « murs verts », qui doivent servir d'habitat pour les oiseaux et aider au développement de la vie sauvage.
L'équipe s'occupe également de développer tout un système de prise de conscience des enjeux environnementaux (« environmental awareness »). Tous les deux ans, elle organise une Semaine de l'environnement avec de nombreux débats. En octobre dernier a également eu lieu une Semaine de l'énergie afin de voir comment il est possible de réduire sa consommation d'eau et d'électricité. Enfin, l'Environment Team gère un Forum de plus de 300 personnes, qui se réunissent pour discuter de problèmes locaux et plus globaux afin de trouver toujours plus de solutions innovantes.
L'équipe collabore aussi avec la Student Union, sorte de Bureau des élèves, qui a un rôle primordial dans l'organisation de la vie étudiante et de la vie du campus.
Pour finir, les formations dispensées par l'université sont elles-mêmes illustratrices de la volonté de s'inscrire dans une approche verte. On recense pas moins de six formations de niveau de la licence, et sept masters, qui ont trait au développement durable, à la conservation de la biodiversité, ou à la gestion des risques du changement climatique.
L'organisation du cursus universitaire en terme de modules permet de combiner deux formations différentes, comme par exemple le management et les sciences environnementales (avec notamment un master « Management et Evaluation des risques liés à l'environnement »).
Les limites
Mais toute politique étant imparfaite, les initiatives et actions menées à Brookes ne sont pas sans limites. Malgré les campagnes d'information et les nombreuses affiches pro-développement durable qui ornent les murs de l'université, les étudiants ne se sentent pas particulièrement concernés par les gestes écologiques.
Verity, une étudiante de 20 ans, préfère aller en cours en voiture plutôt que d'utiliser les bus de l'université : « J'ai ma voiture à Oxford. D'une part c'est plus pratique quand je rentre chez mes parents. En plus ça me permet de pouvoir partir un peu plus tard le matin, plutôt que de me dépêcher pour avoir le bus ».
De même, peu d'étudiants prennent la peine d'aller jusqu'aux poubelles de recyclage pour le plastique et le papier carton. En effet, pour le moment, seul le tri du verre et des magazines se fait à l'entrée des résidences universitaires. Il faut aller jusqu'au site principal de Gipsy Lane pour pouvoir recycler le reste (site à quelques minutes de la plupart des résidences étudiantes, certes, mais des minutes qui semblent en décourager plus d'un).
Delphine Evenou
Ce type de centre de tri se trouve à l'entrée de chaque résidence, mais ne permet de recycler que le verre, et uniquement le papier magazine.
Delphine Evenou
Voila donc à quoi ressemble les poubelles à côté du centre de tri : remplie de cartons qui pourraient être recyclés au campus principal de Gipsy Lane, situé à cinq minutes à pied.
Ce qui ressort surtout chez les étudiants, c'est la conscience de l'importance des gestes écologiques au quotidien, mais peu de mise en pratique. Pour en avoir un aperçu, il suffit de reprendre le chiffre de 8000 gobelets de café recyclés par an : comparé aux 19 000 étudiants et à leur potentielle consommation de boissons chaudes, ce chiffre est dérisoire.
Un modèle transposable en France ?
Peut-on espérer un jour voir ce type de politique verte dans les universités françaises ? Peut-être, mais le chemin est encore long.
Un des obstacles à la réalisation de ce modèle est l'organisation des campus en France. En effet, le Royaume-Uni dispose d'un système de résidences universitaires beaucoup plus développé que dans notre pays. Or c'est là que se joue une bonne partie du tri sélectif. En France, les étudiants sont surtout logés dans le parc locatif privé, ce qui implique que le tri des ordures résulte surtout d'une volonté personnelle de l'étudiant.
Par ailleurs, une coopération entre universités et autorités doit se faire au niveau municipal. A Oxford, le City Council (l'équivalent de la mairie) se repose beaucoup sur les universités pour promouvoir l'écologie auprès des étudiants, mais joue aussi un rôle actif, notamment avec la mise en place d'un agent de liaison entre l'administration municipale et le milieu universitaire, le Student Liaison Officer for Recycling, qui communique sur les gestes verts. Le City Council collabore également avec des professeurs spécialisés dans l'environnement pour réfléchir sur l'amélioration des politiques existantes. La France doit ainsi se détacher d'une pure relation université/rectorat, basée par définition sur des objectifs académiques, afin d'aborder une politique plus globale.
Le 15 février dernier, Jean-Claude Anciaux a déposé un nouveau rapport sur le logement étudiant préconisant une enveloppe budgétaire de 11 millions d'euros, pour financer 7000 réhabilitations et 5000 constructions d'ici 2014. Si ce rapport ne tombe pas aux oubliettes comme le précédant, espérons qu'il permettra l'introduction d'une certaine ‘norme écologique', comme par exemple des ampoules basse consommation ou une bonne organisation des poubelles afin de faciliter le tri sélectif, en plus des normes déjà en vigueur.
Quoi qu'il en soit, l'exemple de l'université d'Oxford Brookes, bien qu'il ne soit pas exempt de limites, montre que l'on peut dépasser le pessimisme et l'immobilisme, et mettre en place une politique environnementaliste active basée sur l'action et la responsabilité de chacun. Rien que pour cette raison, c'est un modèle dont devrait s'inspirer la France.
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