La voiture qui roulait (vraiment) à l'air

Rencontre le 8 février dernier avec la matière grise la plusverte du moment : Guy Nègre inventeur du moteur à air comprimé. Sonentreprise MDI international s’apprête à commercialiser courant 2009 unevoiture fonctionnant…à l’air. Une auto dans le vent qui sera vendue au prixléger de 3500 euros. Si les grands de l’industrie automobile observent unsilence poli c’est parce que Monsieur Nègre est un Niçois qui ne raconte pas desalades.

Visite de l'usine MDI-08 février 2008

Annoncerautour de soi que l’on part à Nice pour couvrir la sortie d’une voiture quiroule uniquement à l’air provoque toujours chez votre interlocuteur,hilare, un spasme descepticisme : « une voiture à l’air ? Pff..C’est du ventcette histoire ! ».Mais les billets de train achetés on part tout de même. Durant le trajet lasensation d’aller droit dans le mur d’un énième canular écolo gonfle (souvenezvous du mystique moteur à eau de StanleyMeyer). De retour à la capitale le même interlocuteur vous avouegêné : « J’ai vu ton schmilblick sur le net, alors ça roulevraiment ? C’était comment ?»

La voiture qui roulait (vraiment) à l'air
La voiture qui roulait (vraiment) à l'air

C’étaitavant tout la rencontre avec Guy Nègre, sexagénaire qui affirme avoir « 45ans, mais je me teins les cheveux en blanc pour faire sérieux ». Latricherie s’arrête là, la voiture fonctionne et peut écraser un hérisson commen’importe quel autre bolide. Aux origines de ce qui est en passe de devenir unraz de marée vert sur le rivage pollué de l’industrie automobile, on tombe surun échec, celui de Guy Nègre alors ingénieur pour la Formule 1. En 1988l’écurie AGS lui commande un moteur W12 qui sera finalement refusé. Nègre estsur la paille. Il décide de rebondir au début des années 90 en créant MDI. Il commencepar penser à des moteurs moins polluants, manière de rassurer un entouragemalmené par des années de galère. Car l’ingénieur couve un projet bien plusambitieux dont il fait part à son fils un matin : on doit pouvoir fairerouler des voitures citadines à l’air comprimé. À mesure que le projet tend à se réaliser, la cabale desténors de l’industrie automobile enfle tout au long des années 1990. MaisMonsieur Nègre n’est pas du genre à se plaindre. En 2005 le moteur est prêt mais les investisseurs sontfrileux, sinon hargneux. Sa revanche sur ceux qui ont voulu l’enterrer il latient en signant le 5 février 2008 un accord avec le constructeur indien TATA MOTORS. Fin de la galère, billetverts et début de la révolution verte.

100% propre en ville

Nouslaisserons à d’autres le soin d’exposer les méandres complexes de la mécaniquedu moteur MDI, votre rédacteur étant un bipède acharné. Toutefois le cyclisteconvaincu qui vous écrit n’a pas les mots pour décrire l’ambiance magique quirègne dans les murs de MDI : on y fume pas, interdiction de la cigaretteoblige, mais on y fait tourner sa voiture en intérieur sans importuner sonvoisin. Ça a le bruit d’une voiture, ça ressemble à une jolie petite voiture(malgré un design par déjà vu), mais ça ne sent pas comme une voiture. Guèrebesoin d’expliciter l’intérêt écologique, le pot d’échappement témoignelui-même à la barre : 0 émissions polluantes. Prenons la CityCAT, premièrevoiture annoncée par MDI pour l’hiver 2009, cette citadine de 3 à 6 places a lepouvoir de plomber une campagne municipale. Face aux CityCAT ou MiniCAT leprojet de Vélib’ automobile proposé par Bertrand Delanoë prend un soudain coupde vieux.

De fait l’incompréhension est de mise lorsque l’on constate que dès1998 le moteur de Nègre a été présenté à une flopée de collectivités : unprototype de taxi à air qui fit unflop. MDI ne fait pas mystère de ses produits alors pourquoi un parti comme lesVerts ne s’est pas fait le porte-parole de cette innovation technologique lorsde la dernière campagne présidentielle, sans doute la plus verte de la 5emeRépublique ? Vendue entre 3500 et 5300 euros (sans compter la remise de-20% de bonus écologique) elle est 100% propre en ville si vous la rechargeztous les 140 km. Rassurez-vous si vous tenez vraiment à parader à l’autre boutdu pays, vous pourrez polluer (un tout petit peu) avec la CityCat. En effetl’on peut doubler l’autonomie de la voiture en y ajoutant un adjuvanténergétique. En mode bi-énergie la voiture consomme tout de même moins de deux litres aux centkilomètres. Outre un avantage certain pour vos finances ce système présentedeux autres atouts. Petitun le carburant ne sert qu’à chauffer l’air qui sedilate, du coup on peut mettre tout et n’importe quoi sous le capot :sans-plomb, diésel, carburant bio, alcool… Petideux mesdemoiselles on ne pourraplus vous faire le coup de la panne : si la voiture manque d’air il suffitde laisser tourner le moteur dix minutes en bi-énergie et le plein d’aircomprimé sera fait. Plus besoin de passer à la station essence, un simplebouchon sur le périphérique suffit. Toujours plus fort, MDI a dans ses cartonsun projet de bus à air comprimé, le MultiCAT. Uncarburant moins cher c’est un gage de baisse du prix du ticket. Seule ombre autableau qui n’est pas du ressort direct de MDI : pour le moment comprimerde l’air pollue. Aux politiques de se saisir enfin du dossier et de proposerune compression propre en amont.

 

Une voiture à 3500€ dès 2009

 

 

Un prototype MDI en cours d’assemblage
Un prototype MDI en cours d’assemblage

Statistiquementplus de la moitié des lecteurs de ce billet a déjà enfilé son pardessus prêt àdescendre jusqu’au premier concessionnaire venu. C’est là que la famille Nègresort une nouvelle carte qui ne manque pas d’air : vous achèterez votrevoiture sur le lieu de sa fabrication. Nègre est un humaniste à la main verteet enfonce le clou écologique là ou personne n’attendait l’ingénieur. Ilpropose un modèle industriel proche de ceux balbutiés par les mouvementsaltermondialistes. Un modèle à contre-courant dont le bon sens soulignel’ineptie du modèle industriel automobile classique. Ces prochaines années MDIprojette d’ouvrir près de 250 micro-usines dans le monde, dont 20 sur l’hexagoneen 2010. Concentration des tâches, pas de stocks, pas de fret, voiturespersonnalisées par le client, formation qualifiante des ingénieurs locaux,diminution de la superficie des usines, faible empreinte écologique… S’ilfallait résumer cet inventaire de pré vert il ne faudrait retenir qu’unechose : une voiture propre produite proprement pour un prix propice àtoutes les bourses.

Ce jour là, alors que Guy Nègre me faisait voir la vie en vert surle parking de la zone industriel de Carros, je cherchais la petite écharde quiferait retomber le soufflé. En vain. Tel le Galilée de l’industrie automobile,face au désintérêt et à l’hostilité des cadors du quatre roues, il peutcrier : « et pourtant elle tourne ! ».

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