Les biocarburants…pas si « bio » que ça ?

L'énergie de demain : les biocarburants ? Présentés de plus en plus régulièrement comme l'alternative écologique au pétrole, les biocarburants sont régulièrement au centre de l'actualité. En2005, l'Union Européenne a préconisé l'augmentation progressive de leur utilisation dans les transports. Mais que sait-on vraiment de ces carburants « verts » ? Qu'est ce qu'un biocarburant ? Quels en sont les réels impacts écologiques ? Et demain roulerons-nous tous grâce à eux ?

 

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Champ de colza

La fin du pétrole

Le constat est clair : le XXIème siècle verra inéluctablement arriver la fin de l'ère du pétrole. Le prix du baril de pétrole brut va de record en record, dépassant même les 100$ ces derniers jours. Or cette énergie fossile est majoritairement utilisée dans le domaine des transports, avec les conséquences que l'on connait quant aux émissions de gaz à effet de serre. Les biocarburants semblent être une alternative très prometteuse qui permettrait de pallier à la pénurie programmée de l'or noir tout en améliorant le bilan écologique. Le beurre et l'argent du beurre ?

 

Du bio pas si bio...

Le suffixe « bio » dans le terme biocarburants indique que ceux-ci sont produits à partir de la biomasse. Concrètement, un biocarburant peut être une huile, un alcool, ou un gaz obtenu après divers traitements sur les matières premières organiques. Ils peuvent provenir de l'agriculture, de la sylviculture, ou encore de la fraction biodégradable des déchets. On distingue communément les biocarburants de première et deuxième génération. Parmi ceux de la première génération, les plus connus sont le colza ou les graines de tournesol qui permettent de fabriquer de l'huile utilisable par des moteurs diesel adaptés. Le blé ou la betterave quant à eux permettent d'obtenir des alcools (bioéthanol par exemple) utilisables en les mélangeant à l'essence. Enfin le biométhane peut être obtenu par fermentation de matières organiques, afin de remplacer sous certaines conditions le gaz naturel usuel.


L'emploi du terme « bio » est trompeur : l'agriculture dont ils sont issus n'a rien à voir avec les cultures biologiques. Les termes alternatifs d' « agrocarburant » ou « biocarburant industriel » sont proposés mais ne s'imposent pas pour le moment, la définition officielle étant celle de « biocarburant ».

 

...et non sans conséquences

L'inconvénient majeur des biocarburants de première génération est qu'ils entrent en compétition avec les cultures alimentaires, faisant augmenter le cours des matières premières agricoles. De nombreux pays, dont la France, ont vu récemment les prix de diverses denrées alimentaires s'élever de façon spectaculaire. De plus, les surfaces qu'il faudrait cultiver pour les substituer aux carburants classiques semblent inatteignables : en France, une surface supérieure à la superficie du territoire serait nécessaire si l'on souhaitait remplacer la consommation annuelle de carburant classique ! Les OGM pourraient permettre de cultiver des zones arides ainsi que d'améliorer les rendements, mais leur développement est loin de faire l'unanimité. Le fait même de cultiver de grandes surfaces pose les problèmes liés de façon intrinsèque à l'agriculture intensive : utilisation massive d'engrais, d'eau, risques de déforestation et d'atteinte à la biodiversité, et ceci alors même que les surfaces cultivables vont être amenées à diminuer du fait des changements climatiques... Autre problème : l'élaboration comme l'utilisation des biocarburants est source de gaz à effet de serre, toutefois en quantité moindre que les carburants classiques.


Déforestations massives, hausse du prix des denrées alimentaires de première nécessité, surfaces à cultiver de dimensions astronomiques, pollutions annexes, autant de nuisances - qui n'ont rien de vraiment « bio » - liées à l'élaboration de ces carburants de substitution.

 

Les nouvelles pistes

Pour s'affranchir de ces problèmes : la deuxième génération de biocarburants est en marche ! Ceux-ci sont basés sur la transformation de la lignine et de la cellulose en alcool ou en gaz. Cette opération se fait à de hautes températures et nécessite de ce fait d'importants apports en énergie. Cette technologie, une fois arrivée à maturité, devrait permettre d'améliorer significativement les rendements, le bilan écologique, tout en étant substituables à plus grande échelle aux carburants classiques. En effet, les matières premières nécessaires ici permettent de valoriser des produits jusqu'alors peu usités : paille, rémanents forestiers et déchets de bois, plantes entières... et peut être même un jour les déchets ménagers !


Ces nouvelles filières sont pour le moment à l'état de recherches, aucune d'entre elles n'étant susceptible encore de passer à l'état de production industrielle. Dernièrement, les conclusions du Grenelle de l'Environnement proposaient d'« intensifier l'effort de recherche et la mise en place de pilotes industriels sur les biocarburants de deuxième génération ». L'Allemagne dispose d'une avance en la matière, puisqu'un démonstrateur préindustriel permettant de produire des biocarburants de deuxième génération va être inauguré au mois d'avril.

 

 

D'autres filières de production de biocarburants sont aussi à l'étude. Des enzymes produites dans le tube digestif des termites permettent par exemple de transformer le bois en sucre en l'espace de 24 heures. Une solution durable permettant une production de masse serait envisageable grâce à la culture de micro algues. Ces nouvelles pistes seront probablement à long terme les biocarburants de la troisième génération.

 

Et demain ?

Face aux bouleversements que représentent les changements climatiques, la pression démographique, les difficultés croissantes de l'accès à l'eau douce, la déforestation, les pollutions agricoles, les émissions de gaz à effet de serre, sans oublier les hausses des prix des denrées alimentaires, les biocarburants - en l'état actuel de leur développement - ne semblent pas, pour l'instant, représenter une alternative viable au pétrole. Même s'ils sont d'ores et déjà incorporés en très faible quantité dans les carburants que nous utilisons, leur production massive uniquement guidée par des impératifs économiques ne serait pas sans faire peser d'importants risques sociaux et environnementaux.


Heureusement, on peut espérer, d'ici une vingtaine d'années, voir arriver à maturité de nouvelles technologies permettant un déploiement à grande échelle des biocarburants de deuxième génération. Ceux-ci seront alors une réponse partielle mais prometteuse aux problèmes des énergies dans les moyens de transports et de réduction des émissions de gaz à effet serre.

 

D'autres voies sont à l'étude ou existent déjà afin de compléter le bouquet énergétique. Les voitures hybrides, équipées d'un moteur thermique et d'un moteur électrique, en sont un exemple déjà bien réel. Ou encore les voitures roulant à l'hydrogène, grâce à une pile à combustible. Mais demain, il est aussi possible que nous roulions dans des voitures à azote ou à air comprimé !

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