En France, le secteur du BTP et de la construction a produit l'an dernier 30 millions de tonnes de déchets, contre 26 millions pour l'ensemble des ménages. L'accroissement du volume des déchets dans un contexte de consommation de masse ne va pas sans poser des problèmes de santé publique pour les populations vivant aux abords des axes routiers - par lesquels transitent les déchets -, des incinérateurs et des décharges. Une seule solution pour réduire le flux: la réutilisation des matériaux qui peuvent l'être. Confronté au même problème dans son quartier du Bronx, Omar Freilla l'a bien compris.
Omar Freilla se souvient de son enfance dans le Sud Bronx, quand il voyait les autoroutes et les camions remplis de déchets traverser son quartier, et les emplois en partir. Aujourd'hui, dans un entrepôt quasi-vide, il esquisse les contours de la future République verte du Bronx. A 34 ans, ce diplômé en Sciences de l'Environnement est à l'origine de Rebuilders Source, une coopérative verte qui ouvrira ses portes en avril 2008 et qu'il voit comme le point de départ d'une économie verte dans ce quartier qu'il dit « délaissé par le gouvernement ».

En effet, peuplé d'Afro-Américains (39% selon le recensement de 2000) et de Latinos (60%), le Sud Bronx est l'un des quartiers les plus pauvres du pays. Selon les chiffres du recensement de 2000, près de la moitié des ménages y vivraient sous le seuil de pauvreté. Un quart de la population serait au chômage. Le taux de criminalité y serait également l'un des plus élevés des Etats-Unis, résultat de la crise immobilière consécutive à la construction dans les années 60 d'autoroutes traversant le quartier et de décennies d'indifférence politique.
Aux difficultés du quotidien s'ajoutent les menaces de long terme. En effet, à la suite de la fermeture en mars 2001 de l'usine d'incinération de Fresh Kills sur Staten Island au Sud de Manhattan, le Sud Bronx est devenu un lieu de transit pour un tiers des 50 000 tonnes de déchets produits tous les jours par l'activité de New York. Pas moins de 35 incinérateurs et décharges y ont élu domicile sans l'aval des populations concernées. D'où un sentiment grandissant de « racisme environnemental » chez les habitants.
Omar Freilla, fondateur de Rebuilders Source
Omar Freilla, fondateur de
Rebuilders Source: "
Ici, nous sommes travailleurs"
L'accroissement de la pollution générée par le flux grandissant de camions à déchets sur la Cross Bronx Expressway, qui traverse le Sud Bronx, l'activité des incinérateurs ainsi que la toxicité de certains matériaux de construction ont des effets néfastes sur la population locale. En effet, 25% des enfants du quartier souffriraient d'asthme, selon la South Bronx Clean Air Coalition, soit le taux le plus élevé du pays, voire « du monde », n'hésite pas à dire Yasin York, l'un des quatre membres de Rebuilders Source.
« La situation est vraiment difficile au niveau de l'environnement», raconte York, 27 ans, qui a rejoint la coopérative après l'hospitalisation d'un ami victime d'une crise d'asthme. « Chaque matin, chaque soir, nous voyons des camions arriver [...] Les gens ici ont d'autres préoccupations que la défense de l'environnement. Mais il faut les y intéresser car l'avenir de leurs enfants et leurs petits-enfants en dépend. »
Trouver des solutions
Face à la persistance des problèmes économiques, sociaux et écologiques menaçant sa communauté, Freilla a imaginé un modèle économique qui permettrait de réduire la quantité de déchets le flux de déchets tout en générant des revenus durables pour la communauté. Il fallait donc commencer par s'attaquer au déchets issus du secteur de la construction, qui représenteraient selon
Greenworkers Cooperative, l'association que Freilla préside, plus de la moitié des déchets dans les décharges du Sud Bronx.
Inspiré par l'expérience des coopératives de Mondragón dans le Pays Basque et par les mouvements sociaux des années 70 aux Etats-Unis, il décide de s'engager il y a trois ans et demi dans le lancement de Rebuilders Source, avec le soutien d'associations locales de protection de l'environnement.
Omar Freilla en explique le principe:
Julie Garcia, membre de Rebuilders Source: "Nous les aidons à aider l'environnement"
Pour l'instant, il est trop tôt pour dire si cette expérience sera concluante. La coopérative devra générer assez de revenus pour payer le loyer de l'entrepôt - environ 14 000 dollars (près de 10 000 euros) - et financer les coûts qui accompagneront une possible intensification de l'activité après l'ouverture en avril.
Mais Omar Freilla se dit confiant. La couverture médiatique qui a accompagné la préparation de son projet lui a permis d'attirer des clients, intéressés par la gratuité du transport des déchets et l'absence de coûts de démolition. L'un des cinémas du Lincoln Center, l'un des plus grands centres artistiques de New York, a ainsi fait don de 100 sièges à la coopérative d'Omar Freilla.
« L'originalité de la coopérative réside dans l'absence de coûts de transport. Normalement, les entreprises payent les sociétés de transport en fonction de la quantité de déchets à transporter, explique Gloria Walker, en charge de trouver de potentiels donateurs. D'une part, nous les déchargeons des matériaux réutilisables et d'autre part, nous ne leur faisons pas payer le transport des matériaux. C'est donc un double-avantage pour elles ».
Un don de 100 000 dollars de la prestigieuse Rockefeller Foundation ont également beaucoup aidé Rebuilders Source. Freilla envisage même de tisser un réseau de coopératives vertes à travers le pays.
Omar Freilla:
Le projet devrait à terme créer entre 300 à 500 emplois de cols verts dans le Sud Bronx. Omar Freilla espère à travers Rebuilders Source créer un précédent dont pourraient s'inspirer la ville, l'Etat de New York et le reste du pays. Et pourquoi pas le monde?
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Très beau reportage, il y a
une belle surprise que cet
Un article extraordinaire!