Vous vous intéressez à l'actualité et à l'environnement . Vous n'êtes pas journaliste professionnel. Problèmes de pollution, solutions innovantes, biodiversité... réalisez un reportage multimédia, utilisant vidéo, diaporama ou sons en plus du texte. Les vainqueurs seront sélectionnés par un jury de personnalités et par les internautes. La suite
Paris est une des trois métropoles européennes les plus
peuplées, avec Londres et Essen. Les dix millions d’habitants de la région
parisienne consomment
des produits pharmaceutiques et accumulent naturellement des déchets de toutes
sortes, dont des médicaments et des plastiques. La majeure partie de ces substances est évacuée par les
eaux usées avant de rejoindre –et de
polluer – les fleuves et les sols.
Les phtalates
Le Polychlorure de vinyle ou PVC
est la deuxième matière plastique produite dans le monde : 17 millions de tonnes
fabriquées chaque année. En 1996, on en produisait en France plus d’un million
de tonnes. Lors de la production, du transport mais aussi lors de l’utilisation
des produits en PVC, une catégorie de molécules particulière appelée « phtalates » est dispersée dans
l’environnement. En Europe, près d’un million de tonnes sont ainsi disséminées dans
notre milieu chaque année. Les phtalates représentent en outre 93% des
plastifiants du marché.
Pourquoi sommes-nous
concernés ? Ce dérivé est principalement utilisé pour plastifier le PVC,
mais aussi le polyvinyle* et le polyuréthane*. Les phtalates sont régulièrement
utilisés dans la fabrication des ballons, des bouteilles en plastique, des tuyaux
et des gouttières. Les phtalates font partie de notre quotidien car ils sont
présents dans toutes les maisons. Du salon où trône par exemple, un canapé en
faux-cuir aux salles d’eau avec les tuyaux et les rideaux de douche, ainsi que dans
chaque pièce ouverte sur l’extérieur, par le biais des cadres de fenêtres et des
colles de construction.
Les matières plastiques,symboles de la société de consommation,
sont-elles vraiment sans danger ?
Les explications de Cendrine
Dargnat, doctorante à l’université Pierre et Marie Curie :
Focus sur le DEHP* appartenant à
la catégorie des phtalates.
Le contact rapproché avec les
phtalates est nocif, ils sont présents dans notre environnement et l’être
humain rejette ces composés par le biais des eaux usées qui viennent polluer
les fleuves.Cependant « une autre part d’arrivée des phtalates dans
les eaux de surface [c'est-à-dire les eaux des rivières] est le ruissellement sur les surfaces
urbaines, sur les toitures et lors du passage dans les gouttières qui sont le
plus souvent en PVC », explique Mlle Dargnat.
Les perturbateurs endocriniens
Les phtalates sont des
perturbateurs endocriniens. Quel est leur impact sur la santé ?
-Les explications du docteur Emy, chef de service
d’endocrinologie à l’Hôpital d’Orléans-La Source.
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Contraception et environnement
Les perturbateurs endocriniens
imitent l’effet des hormones dans l’organisme. Les hormones consommées sous
forme de pilules contraceptives et rejetées dans les eaux usées ne sont donc
pas exemptes de conséquences sur l’environnement. Les recherches menées par
l’équipe de Virginie Gabet en 2007 ont montré la présence d’hormones oestrogéniques
(femelles) en forte quantité à la sortie des stations d’épuration, c’est-à-dire« des
concentrations allant jusqu’à 14 µg* par litre ».
-Explication des effets des hormones femelles sur
l’organisme, par le docteur Emy, chef de service d’endocrinologie de l’Hôpital
d’Orléans – La Source.
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-La grossesse et les effets des perturbateurs
endocriniens sur les fœtus, par le Dr Emy, chef de service d’endocrinologie de
l’Hôpital d’Orléans – La Source.
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Les cycles des médicaments
L’être humain rejette une partie
des produits actifs présents dans certaines molécules pharmaceutiques. Cette
proportion peut atteindre 80% dans le cas de quelques antibiotiques utilisés
couramment en médecine humaine, mais aussi en médecine vétérinaire.
Bactéries résistantes et antibiotiques
Rejeter une partie des
antibiotiques consommés n’est pas sans risque. Les bactéries s’habituent aux médicaments
et deviennent « résistantes ». « La bactérie s’est adaptée à l’antibiotique
et donc l’antibiotique n’agit plus sur la bactérie. On dit alors que la
bactérie est devenue résistante », explique le docteur Eurin, maître
de conférence et chercheuse au laboratoire Hydrologie et Environnement de l’UMR
- CNRS. De nombreuses maladies sont devenues plus difficiles à traiter depuis
la généralisation de l’usage des antibiotiques. « Les infections
bactériennes sont traitées par les antibiotiques, or leur usage a entrainé
l’apparition de souches antibio-résistantes », souligne Julien Passerat,
chercheur en écologie environnementale à l’Université Libre de Bruxelles et à
l’Université de Montpellier 2. Les rivières et plus généralement les milieux
aquatiques en subissent les premiers effets. « Les eaux de surface de la
région parisienne sont devenus des vecteurs de maladies infectieuses. Ces
organismes sont principalement d’origine fécale et leur présence résulte d’une
contamination qui peut provenir soit des eaux usées, soit du ruissellement »,
commente Julien Passerat.
L’analyse des polluants
Les études portant sur l’impact
de ces divers polluants pour l’homme et son environnement prennent de plus en
plus d’ampleur. Le PIREN-Seine travaille
en partenariat avec le SIAAP et le Centre National pour la Recherche Scientifique afin d’évaluer les
risques encourus par la faune et les hommes vivant dans le bassin parisien. Un
travail long et rigoureux est nécessaire pour mener à bien ces études, qui
déterminentl’avenir de notre
environnement et les futures réglementations qui protégeront notre santé.
Le cas de la station Marne-aval
L’usine de traitement des eaux
usées de Noisy-Le-Grand (93) en région parisienne, aussi appelée station
Marne-Aval, a été construite en 1976. Implantée dans le grand Est parisien,
elle transforme les eaux polluées de plus de 125 000 habitants de Seine
Saint-Denis. Cette usine, qui «n’est pas
adaptée au flux [entrant] » qu’elle doit traiter, selon M. Gousailles,
directeur du service technique du Syndicat Interdépartemental pour
l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP), déverse depuis plus de
trente ans des substances potentiellement dangereuses telles que les phtalates
dans l’environnement de la Marne. Une proportion importante de poissons non-sexués
ou malformés a été découverte par l’équipe de recherche du PIREN-Seine dans
cette zone.
La station d’épuration de
Marne-Aval est depuis janvier 2007 en travaux afin d’améliorer la qualité de ses
services. Le conseil régional a alloué un budget de plus de 33 millions d’euros
pour le programme d’amélioration de la collecte et du traitement des eaux usées
des régions parisienne et normande. La
station Marne-Aval est toujours en fonction et sa tardive remise aux normes
devrait être terminée d’ici l’automne 2009.
Les phtalates ne sont cependant
pas les seuls produits à risque présents à la sortie des stations d’épuration.
De nombreux perturbateurs endocriniens tels que les polybromés*, les pesticides
ou tout simplement les dérivés de la pilule contraceptive se retrouvent déversés
dans les eaux de la Marne. « Les
concentrations [des perturbateurs endocriniens] qui sont actuellement dans l’eau, dans les milieux aquatiques tels que
les fleuves, posent problème. On retrouve des poissons qui ont subi des
perturbations endocriniennes », souligne Mlle Dargnat, malgré les
normes imposées.
Ces troubles s’expliquent par la présence de nombreux perturbateurs dont
les effets s’additionnent pour engendrer
des mutations. Bien que chaque substance soit en elle-même peu présente dans le
milieu, son effet conjugué à celui des autres produits et accru par les
multiples voies d’exposition représente donc un danger pour l’homme en région
parisienne. Chaque année, la population de la capitale augmente et avec elle le
nombre de consommateurs qui rejettent dans leur propre environnement des
substances potentiellement dangereuses.
Ce sujet vous interpelle ?
N’hésitez pas à apporter vos commentaires.
GLOSSAIRE :
*Le µg ou micro-gramme : 1
000 000 microgrammes correspondent à un gramme.
*Le DEHP est un des principaux
phtalates. C’est une molécule assez lourde qui lui permet d’être plus
difficilement dégradé mais plus facilement transporté dans les boues des eaux
usées.
*Le polyvinyle est un élément
de la fabrication du PVC, il est parfois utilisé seul dans la composition de
colles.
*Le polyuréthane : Cette technologie aété amenée aux États-Unis en 1953. Il est couramment
utilisé pour les colles, les peintures, les matières plastiques telles que le « caoutchouc », les mousses isolantes ou
collantes, ainsi que les fibres d’isolation thermique. Depuis 30 ans, le polyuréthane
est aussi devenu essentiel dans la fabrication des roues de rollers et de
skateboards.
*Les polybromés sont des éléments récemment utilisés
dans la construction et le textile pour leurs caractéristiques ignifuges (c’est-à-dire
non-inflammables).
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