L'étiquette se met au vert

Vous venez d'acheter une boite de colins surgelés. Vous vous demandez combien de kilomètres ce poisson a parcourus, non pas à la nage au milieu de l'océan, mais dans son emballage final ? Vous souhaitez connaître l'impact écologique de ce produit ? C'est légitime et respectable, mais trouver ces informations est un vrai casse-tête pour les simples consommateurs que nous sommes. Qui pourrait nous aider à accéder à ces informations ?

Jusqu'à présent des labels, certes en grand nombre, nous assurent soit un mode de production, soit une garantie de qualité tel Agriculture Biologique (AB) et Label Rouge, soit un respect des personnes d'un point de vue social et éthique (Max Havelaar, AlterEco), soit pour Ecolabel un gage de respect de l'environnement.(Quelques labels).

Il existe déjà un système d'étiquetage pour les appareils électroménagers et les voitures. Alors, soucieux de l'avenir de notre planète, nous avons tenté d'en savoir plus au sujet de l'étiquetage environnemental (aussi dit « étiquetage énergie » ou « étiquetage écologique ») concernant les produits d'alimentation courante. Si la grande distribution se préoccupe enfin de l'impact écologique qu'a notre consommation quotidienne, d'autres ont déjà mené cette réflexion.

La grande distribution s'étiquette

Si, lors du Grenelle de l'environnement en janvier dernier, un accord entre la Fédération des Entreprises du Commerce et de la Distribution (FCD) et le Ministère de l'Ecologie du Développement et de l'Aménagement Durable (MEDAD) a été signé, ce n'est pas un hasard. En effet, l'enseigne Casino, après une réflexion en interne, a suggéré lors du Grenelle 2007 une maquette d'étiquetage permettant d'informer ses consommateurs sur l'impact écologique de ses propres produits. Cette dernière a été communiquée à la presse afin de démontrer la faisabilité de ce type d'information. Pour ce projet, le distributeur a choisi l'expertise d'un cabinet conseil en écologie industrielle et santé nutritionnelle : Bio Intelligence Service (BioIS).
Lire le communiqué de presse de l'accord FCD/MEDAD :: PDF

L'accord prévoit de généraliser cet étiquetage mais l'initiative de Casino, membre de la FCD, a sans doute permis de l'accélérer. D'autres grandes surfaces devraient donc suivre cette démarche. L'enjeu est maintenant d'uniformiser cette étiquette pour tous les distributeurs. Nous imaginons assez mal les industriels devoir multiplier les emballages suivant les enseignes de distribution. Bien évidemment, le groupe stéphanois tentera de généraliser sa propre étiquette.

L'enseigne initiatrice se lance d'ores et déjà dans l'aventure. Cet étiquetage « made in Casino » sera mis en place au deuxième trimestre 2008. Il est important de noter que cette initiative est soutenue par l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) tant du point de vue technique que financier.

Afin d'affiner la présentation de l'étiquette, Casino et Bio IS ont mené une étude auprès des consommateurs. La maquette initiale n'a pas été jugée entièrement insatisfaisante. Nous avons contacté l'enseigne afin d'en savoir plus. Malheureusement nous n'avons pas eu accès aux informations définitives, Casino souhaitant préserver la confidentialité du projet avant son lancement. La présentation au public se fera en avril (conférence de presse et Salon Planète), la mise en place étant prévue pour juin.

Nous avons aussi contacté l'ADEME mais celle-ci garde soigneusement ses informations sur le projet, se parant efficacement d'une agence de presse qui lui interdit toute communication.

L'étiquette, parlons-en

Même si les informations sur le projet définitif sont confidentielles, on sait que l'enseigne stéphanoise a choisi de stipuler sur ses produits les quantités d'émission de CO2 liées à la fabrication de l'emballage, la recyclabilité effective, ainsi que les kilomètres parcourus par le produit. Le concept d'un code couleur (du vert au rouge) se déclinant selon l'ampleur des impacts environnementaux associés au produit, telle l'étiquette énergie, semble abandonné car trop angoissant pour le consommateur.

Projet initial d'étiquette écologique
Casino/BioIS/Ademe :: Maquette initiale présentée en 2007
Plaquette de présentation de l'étiquetage Casino :: PDF


Aussi, nous avons contacté par téléphone Mr Eric LABOUZE de BIO Intelligence Service pour avoir plus d'informations.

L'étiquetage écologique portera-t-il uniquement sur le transport et l'emballage ?

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Comment se présentera l'étiquette ?

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L'étiquette indiquera-t-elle un équivalent carbone ou une valeur monétaire ?

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Quand l'étiquetage écologique sera-t-il généralisé à tous les produits ?

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L'indication de la nocivité du tabac a moins fait baisser le nombre de fumeurs que l'augmentation du prix du paquet de cigarettes. Ne croyez-vous pas que l'étiquetage écologique aura un impact limité ?

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La TVA sera-t-elle changée sur les produits étiquetés ?

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Pour connaitre le point de vue du gouvernement, nous avons contacté Jean-Paul VENTERE, responsable de projet au MEDAD. Il nous a confié qu'une commission réfléchissait en parallèle à un système de bonus/malus qui s'appliquerait suivant le caractère écologique du produit.
Pourquoi pas ?

Donnez-nous les données

Alors que l'enseigne nous indique qu'il n'y aura aucun moyen d'accès aux données collectées, BioIS nous explique qu'il est prévu que des informations complémentaires soient en ligne sur internet. Le bureau d'études prévoit également de vérifier les données collectées chez les fournisseurs.

Depuis janvier 2007, BioIS collecte les données nécessaires auprès de l'ensemble des fournisseurs dans la perspective de couvrir le cycle de vie des produits, depuis les matières premières jusqu'aux magasins.

Et nous, consommateurs dans tout ça?

Cette signalétique reste avant tout une information pour nous, consommateurs que nous sommes. Elle entre dans les questionnements actuels sur la protection de l'environnement et la sauvegarde de notre planète. A nous d'agir en fonction de ces indications pour améliorer notre avenir. Mais cette initiative influencera-t-elle nos actes d'achat ? Peut-être que d'autres critères seraient à étudier, notamment les prix !

Nous nous sommes lancés dans cette aventure parce que nous nous sentons concernés. Qu'en est-il pour les autres consommateurs ? Qu'en savent-ils ? Cet étiquetage sera-t-il compris et pris en compte ? Ne risque-t-il pas de se noyer au milieu de tant d'autres informations ?

Pour le savoir, ou tout du moins essayer d'en prendre connaissance, nous avons réalisé un micro trottoir. A vous d'écouter...

Et ailleurs que dans la grande distribution ?

Nous venons d'aborder un sujet qui reste encore flou et dont la mise en place prendra certainement du temps. Cet étiquetage portera-t-il ses fruits ? C'est un début pour la grande distribution car ailleurs, d'autres ont déjà mis en place des actions visant à réduire les impacts de notre consommation sur l'environnement par des réflexions globales.

Nous nous sommes intéressés à un commerce de produits bio, Grandeur Nature (réseau BioCoop) à Toulouse. Mme Lougarre, gérante du magasin, a bien voulu nous recevoir et répondre à nos questions.


Visiter le site du réseau Biocoop

Ici, le magasin est passé à l'action. Il s'attache à proposer des produits locaux et de saison dans la mesure du possible afin de réduire au maximum la pollution induite par l'acheminement. La structure se fournit à sa plate-forme régionale lorsque le produit recherché n'est pas élaboré localement.

Dans ces Biocoop, une large gamme de produits (céréales, farine, riz, pâtes, sucre, etc.) est vendue en vrac et en self-service, réduisant ainsi la multiplication des emballages individuels. Cette mesure est complétée par un étiquetage précis affichant le pays d'origine ainsi qu'un code couleur précisant le pourcentage d'ingrédients bio contenu dans le produit.


Ailleurs encore, des consommateurs agissent, à leur échelle, par l'intermédiaire d'Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (AMAP). En effet, ils deviennent partenaires d'un agriculteur local dans la durée. Ce dernier les approvisionne en produits frais, de saison, bio pour la plupart. Ce mode de consommation permet de limiter les déplacements, l'utilisation de produits chimiques, les serres surchauffées et les emballages (livraison en cageots et en vrac). Tout ceci s'inscrit bien dans une démarche de consommation durable.
Trouver une AMAP près de chez soi

Un petit pas en avant

Ce projet d'étiquetage écologique voit le jour alors que la population est en pleine prise de conscience des questions environnementales. Mais elle doit en même temps faire face à unebaisse de son pouvoir d'achat.

Il est donc pertinent que la grande enseigne se penche sur la question de l'impact environnemental de ses propres produits.
Attention tout de même, trop d'informations peuvent nuire à la compréhension. Mais surtout, ces informations doivent déboucher sur des actions :

- la multiplication des labels est peut-être nuisible. Pourquoi ne pas envisager de les regrouper ? Et surtout de les certifier pour éviter les labels autoproclamés !

- la frilosité quant au prix d'achat ne va pas dans le sens de cette mesure. Une bonne résolution serait de baisser le prix des produits dont l'impact environnemental est faible afin d'encourager les consommateurs.

Informer c'est bien, agir c'est mieux !

Les magasins bio sont encore en marge de la consommation même si « 2 Français sur 3 déclarent privilégier l'achat de produits respectueux de l'environnement et/ou des principes de développement durable. Les Français confirment cette prise de conscience environnementale et souhaitent à 84% le développement de l'agriculture biologique » (source Agence Bio)

Reste à chacun de trouver sa propre démarche à travers les différentes solutions proposées, un juste équilibre entre moyens financiers, motivation et conscience écologique.

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