L'invasion des déchets morts-vivants

Rapport fantasque sur les poubelles zombies en Eure-et-Loir.

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antoine kloÿs
le beau village de D. au crépuscule

Une heure et quart au sud de Paris, Région Centre, Beauce, Eure-et-Loir, le village de D. , environ 800 âmes, une belle église, une épicerie, un bar tabac… il y a aussi un charmant camping avec une île, site prisé du tourisme vert.

Ici, on cultive, on chasse, on pêche, on travaille, et on fait attention à son environnement qu’on aime, alors on recycle. Hélas, comme partout, il y a des déchets irréductibles. Une légende rurale parle même de déchets revenants qui rôderaient au crépuscule lorsque la brume est basse dans les champs et que la lune se cache.

Les déchets, on les trie, on les traite, on en fait même de l’énergie que l’on revend à EDF pour faire fonctionner le Sictom, mais, il y a un mais. Il y aurait, paraît-il, des déchets qui se refuseraient à la noble résurrection, des déchets dont la nature scandaleuse les rendrait hermétique à toute deuxième vie citoyennement correcte… des déchets inutiles dont la sinistre carrière ne s’arrêterait jamais vraiment. Des déchets qui seraient tellement des déchets qu’on ne voudrait même pas d’eux pour faire de la belle énergie.

Tout ça, c’est comme dans le dessin animé Scoubidou : qui dit mort-vivants, dit aussi légende. Et certains mythes ruraux méritent d’être démystifiés.

Premièrement, une ballade sur place :

Question toute bête à un employé de la commune en plein nettoyage de la rue de la Mairie,

_ C’est où m’sieur la déchetterie ? (Ou déchet tri, c’est selon…)

_ Vous sortez de la ville, pis, vous voyez le petit bois avec les camions-bennes ? Ben c’est là…

Effectivement, l’ensemble ne paie pas de mine, on peine à imaginer tout ce qui s’y fait. De la route, on ne voit quasiment rien, on n’entend que quand on s’approche et ça ne pue même pas tellement… Aucune trace de déchet zombie ici…

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antoine kloÿs
des déchets... zombies ?

Ensuite, retour en ville et discussion à bâtons rompus à propos des poubelles avec un élu local qui fait partie du Sictom :

_ Oui, ces déchets-là pourraient être un vrai problème, ils sont irréductibles, on les appelle les déchets « ultimes »…

_ Qu’en fait-on, alors ?

_ Et bien, on les met là où ils vont… En l’occurrence, ils sont triés puis envoyés dans le seul centre qui s’en occupe dans le département, une décharge spéciale, de classe 3. Tout se passe en sous-sol là-bas, rien n’est visible. Les déchets ultimes sont compartimentés dans des grands puits et on s’en occupe constamment.

_ Et ça ne pose pas trop de problèmes d’implanter un tel centre ?

_ Oh si ! Personne n’en veut de ces déchets ! Les gens veulent que tout change, ils sont prêts à ce que tout concourre à un monde meilleur, tout propre… Sur nos territoires, on trie parfois même plus que dans les grandes villes, en revanche, on ne veut surtout pas de ces déchets à côté de chez soi ou de ses champs !

_ Donc ça vous retombe dessus au Sictom, c’est pour vous les irréductibles !

_ Eh ! C'est-à-dire que c’est une partie de notre mission. Le tri est là pour ça. Et puis tout cela n’est pas simplement benné au fond d’une décharge, on s’en occupe bien !

Pour finir, un peu de discussion avec des passants. Après quelques mots échangés avec eux, il semblerait que la rumeur n’est, d’ailleurs, pas si connue que ça. Odette, 73 ans se marre, le regard de travers, genre ça va pas le garçon…

_S’il y avait des ordures fantômes à D. , je pense que je serais au courant… je suis née ici, dans la maison derrière vous, sur la table de la cuisine. Non, des ordures y’en a p’t’être, et même des mortes, je veux bien. Mais j’les ai jamais vues revenir après l’enterrement ! Ahah !

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antoine kloÿs
même la station d'épuration a des airs de potence

Et voilà, les conteurs n’ont qu’à bien se tenir. Il y a une place spéciale, même pour les déchets ultimes. Les braves citoyens de la ville de D. peuvent finalement dormir sur leurs deux oreilles, les déchets zombies, s’ils existent, sont traités, en sous-sol, tout au nord du département. Ils ne risquent pas de venir hanter leur beau village… à moins que les poubelles revenantes ne ressentent une petite envie de se mettre au vert et ne s’échappent de leur centre de rétention. A ce moment-là, tout pourrait arriver et il ne resterait plus qu’à trembler et prier.

Antoine Kloÿs.

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