Niger : dans quel Etat sont les déchets ?

Le Niger, pays classé 174ème sur 179 selon l’indice de développement humain. Ici, une bouteille, une sandale ou une chambre à air sont récupérées, éventuellement remaniées, et revendues dans la rue.

Le code de l’environnement défini le déchet comme "tout résidu d'un processus de production, de transformation ou d'utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien meuble abandonné, ou que son détenteur destine à l'abandon".

La production de déchets par habitants au Niger est ainsi largement inférieure à celle d’un pays occidental, et la poubelle type, décrite par Julien Gabert, responsable de projet au RAIL (Réseau d’appui aux initiatives locales), est particulière:

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Malgré la faible quantité d’ordures rejetées, la collecte des déchets est inefficace. A Niamey, capitale du Niger (900 000 habitants), 40% des ordures ménagères produites en 2002 étaient collectées, et 10% seulement parvenaient dans une décharge officielle.

Une simulation financière concernant la ville a montré qu’une communauté urbaine correctement gérée pourrait évacuer la totalité des déchets avec un budget deux à quatre fois moins important que celui actuel (1).

L’absence ou l’échec d’actions publiques coordonnées dans la capitale a fini par laisser la place à des entreprises privées de ramassage payées directement par les habitants. Celles-ci travaillent à moindre coût, principalement dans les quartiers riches, et rejettent les déchets dans des décharges sauvages.

Les conséquences principales sont des risques sanitaires pour les populations et les animaux (notamment en saison des pluies), et une pollution visuelle omniprésente.

Décharge sauvage
Thomas Bony
Cohabiter avec les décharges.

 

Etat d’esprit

Pour comprendre la situation actuelle, il faut retourner quelques années en arrière. La collecte des déchets était généralement effectuée par des charrettes à traction asine (tirées par des ânes).

G. Blundo relate ainsi le fonctionnement du service d’assainissement de la commune de Dogondoutchi (30000 habitants) dans les années 90 :

"Les charretiers signalaient leur passage par un son de klaxon. Chaque famille était censée entasser les ordures devant la concession (…). Les ordures étaient ensuite utilisées pour niveler les rues urbaines inondables, ou, cas plus rare, étaient déversées aux environs de la ville, dans les chemins de brousse ou dans les champs" (2).

La propreté de soi-même et du lieu de vie est socialement importante au Niger, mais "l’hygiène signifie aussi repousser au loin tout ce qui est sale, en dehors de l’espace domestique, sans se préoccuper du lieu où elle sera évacuée" (2).

Cet état d’esprit est révélateur des principes de collecte qui entassent les déchets dans des décharges plus ou moins officielles, disséminées à l’intérieur des communes.

Des finances privées

L’évacuation des déchets hors d’une ville nécessite une gestion globale mise en œuvre grâce à des moyens financiers dont les communes n’ont jamais disposé. Il n’existe pas de redevance communale pour la collecte des déchets. Le pays n’étant pas riche et l’assainissement n’étant pas la priorité budgétaire, les sommes consacrées au traitement des déchets sont dérisoires.

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Thomas Bony
L'arrivée du secteur privé dans le traitement des déchets.

En l’absence de moyens d’action, l’intervention d’entreprises de collecte privées représente une opportunité pour les communes selonSeydou Kayaba, chef des services techniques de la commune II de Niamey :

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Des compétences extérieures

La récente décentralisation du Niger (les premiers maires de l’histoire du pays ont été élus en 2004) a transféré aux communes beaucoup de nouvelles responsabilités, peu d’argent, et peu de compétences.

Des organismes de développement apportent aujourd’hui un soutien technique et financier aux administrations locales. Compte tenu des contraintes du pays, des projets pilotes ciblés sont actuellement en cours. Le projet de collecte des déchets de Maradi (300 000 habitants), comme nous l’explique Julien Gabert, essaie de poser les bases du ramassage et de l’évacuation:

 

Le RESEDA (Réseau d’entreprises pour le développement de l’artisanat), qui cherche de son côté à valoriser les matières plastiques, a mis au point ces dernières années la fabrication de pavés en plastique recyclé.

Ce projet, à priori viable (les propriétés des pavés obtenues sont réglementaires), peine à se développer car il ne bénéficie pas du soutien de l’Etat. Paolo Giglio, l’un des acteurs du projet, nous présente sa vision des choses dans un extrait d’une vidéo RESEDA.

 

La commune de Niamey nous a pourtant assuré de son soutien au projet. C’est, selon elle, une question de temps.Faute de moyens humains et financiers, l’Etat nigérien se retrouve suppléé par le secteur privé et les organismes de développement.

Ici, les progrès dans le domaine de l’hygiène et l’assainissement ne dépendent pas de la politique de l’Etat, mais d’une collaboration efficace entre les différents acteurs de l’environnement. L’avenir des déchets leur appartient un peu, souhaitons leur bonne chance.

(1) « Stratégie nationale de gestion de l’environnement urbain du Niger » TA Thu Thuy – Septembre 2001(

2) « La question des déchets et de l’assainissement à Dogondoutchi » G. BLUNDO

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