Prendre soin des objets, c'est prendre soin de l'objet planète.

« Prendre soin des objets, c’est prendre soin de l’objet planète »Ezio Manzini, Artefacts.

L'éco design, l'éco conception, des mots à la mode et dans l’air du temps ...et si la protection de la nature passait avant tout par la bonne utilisation des objets, par la création juste des produits de tous les jours ou par la responsabilisation des utilisateurs à travers leur produits...? L’éco conception correspond à l’intégration des aspects environnementaux dans la création de produits.

Le domaine de l’éco design est le domaine du futur dans la mesure où il correspond à la manifestation la plus immédiate de l’instinct de survie de notre planète.

Nous devons refaire attention aux choses parce qu’elles coûtent en fabrication et à la planète. Nous laissons une énorme quantité de déchets.

En moins d'un siècle, le nombre d'objets qui nous entoure a plus que décuplé : une famille de 4 personnes qui possédait entre 150 et 200 objets en possède aujourd'hui de 2000 à 3000. Les produits ont perdu leur faculté de vieillir dignement. 90 % des ordinateurs  sont jetés avant d’avoir épuisé leur capacité fonctionnelle. Désencombrons l’espace des objets. Le luxe, ce sera l’espace.

 

Depuis 1945, la société de consommation constitue le thème dominant de l’art contemporain : le cubisme, le dadaïsme, l’expressionnisme, l’art brut, l’arte povera ou encore le nouveau réalisme. Le déchet est devenu le matériau privilégié d’un grand nombre d’artistes. Nous sommes dans une esthétique du recyclage (« Re-use »[i]). Du recyclage esthétique au recyclage industriel, il n’y a eu qu’un pas.

La prise de conscience en 1970 a permis de réduire les conséquences environnementales : conception du démontage, réalisation mono matériau, recyclage des produits. La conception d’objets peut être pensée comme recyclage (c’est l’approche « du berceau au berceau » du designer et architecte Mc Donough). Les designers se positionne et endossent un rôle social. 

Les différents exemples d'éco design :

 

Pour rendre le consommateur acteur, plusieurs designers proposent des objets qui informent les usagers de l’état de la consommation collective et inventent de nouveaux scénarii d’interaction autour de l’énergie : conception d’objets qui montre la perte d’énergie, accessoires pour diminuer la consommation,  récupération d’énergie... La multiprise « Power-aware Cord » des designers Static !, révèle la consommation d’énergie dont elle assure l’alimentation.  Des produits économes en énergie  « décarbonatés » sont créés : écoprises,  économiseurs d’eau Héliote, machine à laver fonctionnant par ultrason et électrolyse, radio solaire « Freeplay » alimentée par la force du poignet…[i]

 

Le jetable devient écolo :Nous avons besoin d’être accompagné de choses éphémères. Le groupe Radi designers réalise des "spoon" biscuits, des cuillères qui ne sont pas jetées mais mangées comme le petit biscuit bien souvent donné avec le café.Le téléphone « Sun Flower » de Warwick est biodégradable et contient une graine de tournesol. Le but est de redonner une valeur à l’objet en fin de vie. Les tasses à café « Eco article » de Tom Dixon sont biodégradables. La vaisselle « Sprout design » est faite à partir de café, thym, romarin… toute biodégradable. Les designers récupèrent ce qui est rejeté dans le riz, le café, la lavande pour réaliser des objets aux senteurs originales. Les designers font un pied de nez au jetable puisque finalement c'est ingéré.   

Dans le domaine du graphisme et de l’industrie papetière, comptant parmi les activités économiques consommant le plus d’énergie au niveau mondial : émissions à effet de serre, produits chimiques, énergies, rejets dans l’eau et dans l’air, déchets…, on travaille sur l’empreinte écologique. Le Studio Be pôle fait de l’éco impression durable : encres végétales, papier recyclés, économie de moyens. Le graphisme durable signifie aussi un meilleur choix de papier, un recyclage des produits, de meilleurs procédés de fabrication, l’utilisation de solvants à base d’huile végétale. Le fond les intéresse aussi bien que la forme.  Le procédé imprim’vert permet au studio un meilleur choix des qualités de papiers.

La plupart de nos objets, comme une perceuse ou une automobile restent arrêtés 92% de leur temps. On parle de biens inertes. Les designers cherchent des solutions pour intensifier l’usage des produits par des objets mimétiques qui s’adapteraient à l’utilisateur ou un nouveau design de service, centré sur le partage de l’espace et des équipements. La vente de produit serait remplacée par la vente de services. En combinant la réflexion sur les notions de location et de recyclage, le groupe américain Interface, fabricant de moquettes et tapis, propose un programme de location de moquettes de bureaux : l'entreprise fabrique des moquettes recyclables et assure chez ses clients la pose et la maintenance du revêtement de sol, les dalles de moquettes usagées sont remplacées au fur et à mesure de leur usure, et les dalles récupérées permettent la fabrication de nouvelles dalles. Les objets deviennent ainsi évolutifs pour être upgradés (repris par l’entreprise).

Les matériaux renouvelables intègrent l’imaginaire des designers. L’exposition « Matières à cultiver» au Via[i]valorise les matériaux écologiques : le vélo du designer Fritsch au cadre en bambou, la corbeille en bambou contreplaqué de Matali Crasset… Agnes B. travaille quant à elle avec des PLA (Bio plastiques) dans une démarche éthique de la mode.  Mathieu Lehanneur dépollue l'air par les plantes en utilisant les recherches de la Nasa. Véritable départ d'une gamme d'électroménagers d'un nouveau genre, utilisant des plantes très répandues comme le Chlorophytum, "Bel air" est une mini serre portative qui aspire en continu l'air vicié de la pièce pour le soumettre à des filtres naturels. Quant à l'esthétique, "Bel-Air" bouleverse les codes. La plante est déboulonnée de son statut ornemental pour devenir un véritable objet de service. Mathieu Lehanneur travaille avec les matériaux du futur pour dépolluer l’air.

La réalisation de bâtiments dans le souci du développement durable est une des solutions les plus efficaces pour lutter contre l’effet de serre et la dégradation des milieux naturels. Par exemple, les habitats passifs génèrent leur propre énergie. La démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) dans l’architecture consiste à mettre en valeur les matériaux locaux et les techniques anciennes. Les architectes Mc Donough, Paolo Soleri qui est le chantre du low tech, Shigeru Ban avec ses structures en carton ou encore Mies Van Der Rohe  cherchent une meilleure gestion des matières, utilisant le juste nécessaire.

Les grands groupes industriels recherchent aussi la légèreté et la réduction de l’impact sur l’environnement : par exemple, les canapés gonflables soft air d’Ikéa dépensent  80 % d’énergie en moins.

Nous avons fait le tour du design commercial pour finalement ramener du sens dans les objets par l’intégration des aspects environnementaux. Les écoproduits réconcilient l’esthétique et l’éthique environnementale. La formule « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme» de Lavoisier est dans l’air du temps. L’environnemental est devenu créatif et séduisant. Le système industriel est rendu compatible avec le fonctionnement des écosystèmes biologiques. 
 


[i] Exposition « matières à cultiver » au Via :http://www.via.fr/fr/loading.html   

 


[i] Exposition « So Watt, du design dans l’énergie » au Musée EDF Electropolis :www.edf.electropolis.mulhouse.museum
  


[i] Texte de Pierre Restany sur le recyclage :http://www.re-f-use.com/opinions/Pierre_Restany_french.doc

 

 

 

Pour pouvoir signer votre commentaire, merci de vous inscrire. Dans le cas contraire, vous apparaîtrez comme "anonyme".