Quel avenir pour Haïti ?

Le reboisement, l'enjeu majeur pour le peuple Haïtien

En 1492, Christophe Colomb découvre l'île d'Hispaniola, actuellement partagée entre la République Dominicaine et la République d'Haïti. On la surnomme alors « la perle des Antilles ». Aujourd'hui nous sommes bien loin de ce paradis tropical. La déforestation incontrôlée est la principale menace pour l'environnement et la population d'Haïti. En effet, faute d'une couverture boisée adéquate à retenir les sols, le phénomène d’érosion emporte chaque année pas moins de 15 millions de mètres cubes de sols montagneux vers la mer. Les conséquences sont désastreuses, le pays est en proie aux sécheresses, aux inondations et aux glissements de terrain.

Un revirement cultural en cause

La production agricole haïtienne a toujours été articulée autour de l'exportation de denrées comme la canne à sucre et le café. Les paysans dépendants de ses cultures de rente ont subi de plein fouet les dérèglements de l'économie mondiale. En 1989, le marché international du café s'effondre. Devant le besoin pressant de liquidité les paysans adoptent des cultures à cycle court comme le haricot et le maïs. C'est à ce niveau que l'orientation prise par les paysans marque un tournant dans le système agraire haïtien et dans la déforestation. En effet, ce revirement cultural a encouragé les paysans à exploiter la couverture arborée jusqu’alors associée à la culture du café. La reconversion de ces jardins boisés en culture de subsistance conduit à l’érosion et à l'appauvrissement des sols. L’exploitation intensive et permanente de ces espaces fragilisés provoque une baisse des rendements et donc des revenus.

 

Four a charbon
Programme Café
En premier plan un four à charbon, dans le fond les montagnes surexploitées.

 

La diminution des surfaces boisées ne s’explique pas uniquement par la nécessité de mettre en culture davantage de terres. Dans un pays où près de 80% de la population n'a pas accès à l'électricité, le bois représente souvent le seul combustible. La production de charbon de bois se présente comme une rentrée d’argent ponctuelle répondant aux besoins rapides de liquidité des planteurs.
La couverture boisée des plaines et des mornes haïtien ne cesse de diminuer entraînant les communautés rurales dans un processus de décapitalisation et de paupérisation.

 

« Il contempla, surplombant le village, le morne décharné, ravagé de larges coulées blanchâtres, là où l'érosion avait mis ses flancs à nu jusqu'aux roches. Il essayait de se rappeler les chênes élevés et la vie agitée, dans leurs branches, de ramiers friands de baies noires, les acajous baignés d'une obscure lumière, les pois-congo dont les cosses sèches bruissaient au vent, les tertres allongés des jardins de patates : tout ça le soleil l'avait léché, effacé d'un coup de langue de feu. »


Extrait du « Gouverneur de la rosée » de Jacques Roumain. Les Editeurs Français Réunis.

 

 

 

L'économie solidaire, un espoir de reboisement


Depuis quelques années, l'état haïtien par le biais du ministère de l'agriculture a instauré une politique nationale de développement du secteur café. En replaçant la culture du café au sein du système de production et en visant l’amélioration de la transformation et de la commercialisation du café, l’action introduit une stratégie de sortie de la spirale qui conduit à l’appauvrissement des communautés rurales. En visant des marchés de café de qualité, tel le “commerce équitable” et “gourmet”, les impacts sur les planteurs sont d’une part l’augmentation de leurs revenus et d’autre part la préservation de leur environnement naturel.

En 2001, les planteurs de la chaîne des Cahos, région située au centre du pays dans la région de l’Artibonite, se sont regroupés en associations. Dès lors, les regroupements de planteurs ont mis en place plusieurs pépinières dans lesquelles ils produisent des plantules d’arbres et de caféiers. A destination des membres des associations, ces plantules permettent de regarnir et d’augmenter la taille de leurs parcelles tout en restaurant une partie des espaces boisées. En effet, la culture du café est pratiquée sous ombrage, ce qui implique la présence d’une couverture arborée. De plus, l'association d'arbres et de caféiers protège directement le sol de l’érosion et profite à la fertilité des sols. L’agencement de ces parcelles favorise également la diversité culturale. Les légumes, bananes, mangues, avocats et tubercules produits dans ces parcelles caféières participent grandement à garantir une sécurité alimentaire et économique aux familles.

 

Pepiniere
Programme café
Un planteur fier de vous présenter ses plantules d’arbres.


Au jour d’aujourd’hui les jardins caféiers refleurissent et la surface boisée reprend petit à petit racine. La production caféière haïtienne progresse d’année en année. En permettant aux paysans d’accéder à des marchés de qualité plus rémunérateurs, l’économie solidaire participe grandement à la dynamique de revalorisation de la filière café et à la préservation de l’environnement. Par rapport au marché local, les revenus engendrés par le café ont doublé voir triplé . En outre, ces bénéfices permettent aux communautés de répondre à leurs besoins fondamentaux en matière de santé et d’éducation. La revalorisation de la filière café en Haïti est un enjeu économique, social et environnemental pour les planteurs et leurs familles.

Bien entendu, il existe un lien incontestable entre la disparition des forêts et le réchauffement climatique, mais dans le pays le moins avancé des Amériques, la question n'est pas encore d'actualité. De nouvelles perspectives sont offertes à Haïti et le pays compte bien retrouver son titre honorifique d’antan.

Ressources :

Réseau alternatif haïtien d’information : www.medialternatif.org

Pour pouvoir signer votre commentaire, merci de vous inscrire. Dans le cas contraire, vous apparaîtrez comme "anonyme".

très bon reportage!

très bon reportage!

Super reportage ! Bravo

Super reportage ! Bravo

Un reportage bien menée,

Un reportage bien menée, très clair et intéressant. Bravo

Merci de m'excuser pour la

Merci de m'excuser pour la faute...

Ce reportage est très

Ce reportage est très intéressant,il nous démontre que la modernisation n'a pas que des bienfaits,sans forêts le monde dépérira ;merci Hervé pour ton film qui mérite le 1er prix.

Bravo pour ce film dont le

Bravo pour ce film dont le fond et la forme sont très bien menés. On sent l'implication de la population mais aussi du journaliste. Je vote pour!

J'ai aimé l'initiative

J'ai aimé l'initiative d'une association pour construire des réponses aux problèmes de son pays et de ses enfants... Bravo à l'association, Bravo à ses Porte-paroles, Bravo au réalisateur. Je vote pour tous ces gens!

Bravo Hervé, à mes yeux,

Bravo Hervé, à mes yeux, sur la forme, tu as fait la meilleure contribution à ce concours. Ton documentaire me semble également très abouti sur le fond. C'est pourquoi au final, je fais le voeux que le jury te récompense du premier prix.

Félicitations pour ce

Félicitations pour ce reportage dans un pays très pauvre et qu'il faut aider. Le reboisement est une très bonne chose pour la nature. Nous vous donnons notre vote et vous encourageons à continuer sur cette voie.

La problématique est bien

La problématique est bien décrite. Très intéressant. On sent le "journalisme total". Sacré travail de terrain, j'ai l'impression. bravo, je vote pour monsieur !