Sauvons les poissons !

Le 20 décembre 2007, nous assistons à une conférence sur la diminution du stock de poissons dans les océans. Deux articles, parus dans Sciences cette année, annoncent qu'en 2048 l'océan sera vidé de la quasi totalité des espèces de poissons et de crustacés péchées pour la consommation. Un mois après et une interview du responsable local de Greenpeace océan, Daniel Krupka, dans la boite, nous partons à Marseille, sur les traces des chercheurs du CNRS. Reçus avec mépris par l'intelligentsia nationale, nous décidons de suivre les pêcheurs, premiers acteurs de la crise. De la criée au marché, d'interview en interview, ce reportage est un chassé croisé entre regards de pêcheurs et regard associatif militant et écologique.

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laurent Tollari

En Mars 2007, Le rapport Situation mondiale des pêches et de l'aquaculture (SOFIA) de la FAO, organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, pointe du doigt une situation dangereuse. En effet, un quart du stock global de poissons est surexploité voire épuisé. Plus de la moitié est pleinement exploitée. Sept des dix principales espèces de poissons marins, qui représentent 30% des pêches, sont pleinement* ou sur exploitées*. Cependant, malgré cet appauvrissement des ressources halieutiques, la pêche ne diminue pas. 2002 étant même une année record avec 133 millions de tonnes de poissons péchées. La FAO attire donc l'attention sur la nécessité de prendre des mesures afin de reconstituer les stocks de poissons. Par ailleurs, la demande est en constante augmentation. On estime qu'elle pourrait atteindre les 179 millions de tonnes d'ici 2015, soit une augmentation de 47 millions de tonnes en dix ans.

A la lumière d'une consommation qui augmente et d'une ressource qui diminue, comment gérer la crise halieutique actuelle ?

 

 

La surpêche

Cette situation est le résultat de cinquante années de surpêche dues à l'industrialisation et à la mécanisation des métiers de la pêche. On appelle surpêche la pêche excessive de poissons et de crustacés, au delà des limites permettant un renouvellement des espèces. Elle est principalement liée à l'utilisation de filets dérivants* ainsi qu'à la pêche au chalut*.

 

 

Les politiques de quotas

Pour lutter contre ce phénomène, les institutions internationales mettent en place des limitations chiffrées de pêches : les quotas. Ils s'appuient sur des études scientifiques mais ne sont malheureusement pas respectés.

 

 

L'aquaculture

Une autre solution à cette crise semble être l'élevage industriel de poissons. L'aquaculture est un secteur en pleine expansion avec une production annuelle de 47,8 millions de tonnes. En 1980, 9% des poissons consommés par l'homme venaient de l'aquaculture, aujourd'hui les ressources aquacoles en représentent 43%. Cependant le succès de l'aquaculture reste controversé. On l'accuse de participer au dépeuplement des océans ainsi qu'à la pollution des milieux. En effet, 1 kg de poissons d'élevage nécessite la capture de 3 à 7 kg de poissons sauvages, transformés en farine animale, pour les nourrir. De plus, comme l'explique Fouad Abousamra coordinateur d'un rapport du Plan d'action pour la Méditerranée (PAM) du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), l'aquaculture "utilise des produits chimiques, des engrais, des antibiotiques qui sont nocifs alors que les contrôles sont très limités". "Nous considérons l'aquaculture comme une source de pollution importante", souligne-t-il. Il faudrait donc rester vigilant et contrôler les exploitations aquacoles.

 

 

Attirer l'attention sur l'environnement

De manière plus générale, la sensibilisation des consommateurs apparaît comme primordiale dans cette lutte contre le dépeuplement des océans. L'Etat prend sa part de responsabilité et participe à cette sensibilisation. Il organise, par exemple, des classes de mer.

 

 

Les labels

La valorisation d'une pêche durable est un autre moyen de pallier à cette crise. Il existe une multitude de labels apposés aux pêches tels que le bio ou le label bleu. Cependant, seul le label MSC respecte la mise en oeuvre d'un cahier des charges qui permet une pêche durable et respectueuse de l'environnement. Ce label reste pourtant très discret sur les étales français. Sa généralisation dans le monde de la pêche pourrait en outre permettre un certain renouvellement des stocks de poissons.

 

La pollution des océans

Au delà de la surpêche, la pollution est un phénomène alarmant. Ce problème, déjà évoqué au sujet de l'aquaculture, perturbe les écosystèmes*. Le réchauffement climatique est par exemple responsable de la mort des coraux. Encore plus frappant, rappelons que la plupart des grandes métropoles mondiales sont situées en bord de côte, et que 80% de leurs déchets finissent à la mer.

 

 

Le rôle des consommateurs

Les responsabilités individuelles sont énormes et, une fois de plus, l'enjeux de la sensibilisation est à la base du problème. N'oublions pas le rôle majeur que nous jouons en tant que consommateurs. Les Français consomment, par exemple, à eux seuls 34 kilos de poissons par an, soit dix-sept kilos de plus que la moyenne mondiale. Plus nous consommons de poissons, plus la demande exercée sur les fournisseurs est forte et plus les risques de surpêche sont importants.

 

Les réserves marines

La solution qui à le mérite de convenir aux différents acteurs du milieu marin est la mise en place de réserves maritimes. Ces lieux sont dédiés à la sauvegarde de la faune et de la flore dans un espace défini. Contrairement aux parc naturels marins qui font l'objet d'une gestion partagée entre différents acteurs (communes, pêcheurs, associations...), ces réserves intégrales sont régies par une charte strictement définie. Elles permettent aux poissons de se reproduire dans une zone interdite à la pêche et à tout transport maritime. Malheureusement, les réserves marines ne couvrent aujourd'hui que 0,1% des océans et des mers.

 

 

Autre point noir dans la gestion de la crise, le manque de contrôle. Surveillance défaillante des maillages des filets, intrusions sauvages dans les réserves marines, non respect des quotas ; il n'existe pas, aujourd'hui, une police des mers internationale.

Toutes ces politiques ne peuvent pas fonctionner sans un système de prévention qui passe par de la sensibilisation et un système de répression basé sur des contrôles et des sanctions.

 

Lexique

Ecosystème : Un ensemble d'espèces animales et végétales cohabitent au sein d'un même milieu dans lequel des équilibres ont été mis en place par la nature. Un écosystème peut donc être déréglé lorsque l'équilibre n'est plus respecté, ce qui peut dès lors conduire à la destruction du milieu.

Filet dérivant : Les poissons de consommation courante sont les cibles des filets dérivants, mais ces "murs" qui peuvent s'étendre jusqu'à 40 Km de long sont infranchissables pour tous les animaux qui les trouvent sur leur chemin. Tortues, requins et cétacés deviennent les proies involontaires de ces filets.

Pêche aux chaluts : Cette pêche consiste à faire tirer un filet, le chalut, par un ou deux bateaux. Le chalutage a un effet désastreux sur les écosystèmes, raclant le fonds des océans faune et flore comprise. De ce fait, le chalutage participe à une surexploitation des stocks de poissons et ne permet pas une sélection des espèces prises. Seul le maillage des filets permet de pallier à la pêche de poissons de petite taille.

Stock pleinement exploité : les prises ont atteint leur rendement maximal constant. D'une année à l'autre un pêcheur ne peut pas augmenter ses prises.

Stock surexploité : Exploité au-delà de la limite de pêche estimée viable à long terme et au delà de laquelle il existe un risque particulièrement élevé d'épuisement et d'effondrement du stock.

 

Pauline GAST et Ivan PASCAUD

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