Il faut développer les énergies renouvelables, le constat fait consensus. La proposition de nouvelle directive européenne publiée le 23 janvier dernier appelle chaque Etat membre à augmenter sa part d'énergies renouvelables, afin qu'elle passe, au niveau européen, de 8,5 % aujourd'hui à 20 % d'ici 2020. En France, elle se traduit par un engagement massif dans l'éolien, dont la capacité de production double chaque année depuis 5 ans. L'éolienne, image d'une énergie propre, séduit les français à 93%. Pourtant, 400 associations militent contre l'implantation de nouveaux parcs éoliens. Au-delà des nuisances de voisinage et de la préservation de leurs intérêts particuliers, les militants avancent que ce choix ne profite à personne. Les éoliennes ne seraient d'aucun secours pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et pire, elles pourraient même les accroître...
Premiers motifs de mécontentement pour les riverains : les nuisances visuelles et sonores. Pour certains les éoliennes renvoient poétiquement à de grands oiseaux blancs majestueux, pour d'autres elles ne sont que d'horribles objets industriels. Questions de point de vue et de sensibilité, la notion de beauté demeurant subjective. Mais le débat prend un autre sens lorsque les parcs éoliens sont situés dans des zones protégées ou sites remarquables.
Tourisme vert contre tourisme de curiosité
A Montselgues, petit village niché au pied des montagnes ardéchoises, un projet vise à implanter seize éoliennes au cœur d'un parc naturel régional. Les membres de l'association Vent de respect, qui militent contre le projet, avancent la préservation d'un « patrimoine paysager exceptionnel qui est aussi à travers le tourisme, notre unique source de revenus ». Marlène, parisienne de naissance, venue s'installer au village il y a une vingtaine d'années s'interroge : « Les randonneurs en quête de paysages préservés s'arrêteront-ils encore à Montselgues ? ».
A Ally, en Haute Loire, la situation est différente. D'un bout à l'autre de la commune c'est vingt cinq éoliennes qui ont été installées en 2005. Les 180 habitants ont vu se développer depuis deux ans un « tourisme de curiosité » et une association fait visiter toute l'année « un des plus grands parcs éoliens français ». 9000 visiteurs venaient chaque année visiter les moulins restaurés, ils sont maintenant 33 000 à se rendre au pied des éoliennes pour les observer « en vrai » et découvrir leur fonctionnement. Pourtant, même la maire ne se hasarde pas à des prévisions à long terme : « Avec la multiplication des sites en France, on ne sait pas si ça va vraiment durer ».
« Comme dans une machine à laver »
De manière générale les personnes habitant à proximité des sites mettent en avant la difficulté de faire des études d'impact sonore fiables avant l'implantation des éoliennes. Une habitante d'Ally explique : « Tant que les éoliennes ne sont pas installées, on peut difficilement prévoir le bruit qu'elles vont faire. Il dépend de données variables et parfois aléatoires comme le sens et la force du vent ou encore l'architecture paysagère. Personne ne nous a parlé des nuisances, on s'est fait piéger ».
Les constructeurs mettent en avant des progrès techniques considérables en terme de réduction des nuisances sonores. Selon l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), le niveau sonore au pied d'une éolienne est comparable à celui de l'intérieur d'une chambre à coucher.
Pourtant, Claude-Henri Chouard, président d'un groupe de travail de l'académie de médecine à l'origine d'un rapport sur le retentissement du fonctionnement des éoliennes sur la santé de l'homme, juge que « le bruit lancinant et intermittent peut être nuisible pour les riverains ».
Dans son rapport, l'Académie de Médecine recommande de ne pas construire d'éoliennes à moins de 1500 mètres des habitations sous peine de conséquences nuisibles pour la santé des riverains. Actuellement on peut implanter des éoliennes jusqu'à 250m d'une habitation mais les promoteurs, souhaitant éviter les ennuis, les installent actuellement à plus de 500m dans la majorité des cas.
Par ailleurs, aucune législation spécifique relative aux nuisances sonores ne concerne les éoliennes, le bruit qu'elles sont susceptibles de provoquer est simplement encadré par les lois en vigueur sur les nuisances de voisinage.
A Ally, où les premières habitations sont à 700m du site, 60 plaintes ont été déposées auprès du procureur de la république fin février 2007 par des riverains qui affirment avoir l'impression quotidienne de vivre « comme dans une machine à laver ».
Eolien et système électrique français
Comme Hervé, membre de l'association Vent de respect, les militants associatifs anti-éoliens avancent souvent l'argument : « Elles font du bruit et perturbent notre patrimoine paysager, mais si nous étions convaincus de leur utilité, nous serions prêts à nous adapter aux nuisances des éoliennes. »
Une éolienne produit de l'électricité à partir d'une source gratuite et inépuisable : le vent. Il fait tourner les pales qui entraînent un rotor, lequel génère de l'électricité et aucun Gaz à effet de serre (GES). Une source d'électricité qui semble véritablement « propre ». Pour quelles raisons les détracteurs de l'éolien accusent au contraire les machines d'augmenter les émissions de GES ?
En France, le nucléaire représente 78% de la production totale d'électricité (source : Edf 2006). 11% proviennent de barrages hydrauliques, 10% de centrales thermiques. Seul 0,1% est produit par l'éolien. Tous ces modes de production alimentent un réseau centralisé. Ce réseau distribue ensuite l'électricité vers les ménages français. Comme il est impossible de stocker efficacement l'électricité à échelle industrielle, il faut qu'à chaque instant la quantité d'électricité produite soit égale à celle consommée.
Le système fonctionne grâce à de l'énergie de base (principalement d'origine nucléaire) et de l'énergie de pointe dont on peut moduler rapidement l'approvisionnement (principalement des centrales thermiques au fioul ou au charbon). Comme l'explique Daniel Burette, ingénieur général des Ponts et Chaussées (auteur d'un rapport sur L'évaluation des questions soulevées par les demandes de construction de fermes éoliennes) : « Les éoliennes dont la production ne peut être régulée à volonté, en fonction de la demande, concourent à la production de base. Mais celle-ci est déjà excédentaire en France compte tenu du parc existant de centrales nucléaires, ce qui conduit déjà Edf à exporter en continu une quantité appréciable d'énergie électrique vers les pays riverains ». En 2006, la France a exporté 16% de sa production électrique nette, notamment vers l'Allemagne, championne du monde de l'éolien. En effet, malgré ses 20 000 MW éolien (plus de 10 fois le parc français), notre voisin peine à approvisionner ses clients.
Que faire quand le vent s'arrête ?
Car quand le vent souffle trop ou pas assez fort, les éoliennes s'arrêtent et ne produisent plus d'électricité dans l'attente d'un regain de vent. Elles sont donc en état de production d'électricité entre 20 et 25% du temps, dans des conditions souvent difficiles à prévoir. Comment donc relayer instantanément les déficits de la production éolienne ?
Pour cette manœuvre de régulation, le nucléaire n'est d'aucun secours. En effet, l'augmentation de la production d'un réacteur nucléaire demande un protocole excessivement long.
Compte tenu de la situation électrique française actuelle, deux modes de production d'électricité peuvent néanmoins prendre le relais. Pour synthétiser, on peut soit ouvrir un barrage hydraulique soit ajouter plus de charbon ou de fioul dans une centrale thermique. La première solution reste d'origine renouvelable mais atteint ses limites en terme de capacités de production (on pourrait difficilement construire plus de barrages), la seconde est fortement émettrice de GES et souvent la plus utilisée pour l'instant. La fédération Vent de Colère dénonce également la construction programmée de nouvelles centrales thermiques nécessaires pour réguler le parc éolien français. En Allemagne, la moitié de la production électrique est assurée par ces centrales qui sont cinq fois plus nombreuses qu'en France.
L'éolien, une priorité ?
Certains experts, comme Jean-Claude Jancovici (Ingénieur climatologue), soulignent par ailleurs que « la production d'électricité ne représente, que 5% du pouvoir réchauffant global (PRG). » C'est-à-dire qu'en France, la production d'électricité n'est responsable que de 5% de l'émission des principaux gaz à effet de serre. Alain Bruguier, président de Vent de Colère s'interroge : « Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, n'y a-t-il pas d'autres priorités comme le secteur des transports ou les économies d'énergie ? ». D'autant qu'Outre-Rhin, la production d'électricité représente 40% du PRG, majoritairement à cause des centrales thermiques nécessaires pour relayer l'éolien.
Certains défenseurs de l'éolien avancent qu'il préfèreraient avoir près de chez eux un parc éolien plutôt qu'une centrale nucléaire. D'un point de vue du rendement, sans mettre en doute l'intérêt d'une part d'éolien dans le mix énergétique, il est impossible d'imaginer remplacer toutes les centrales par des éoliennes. Selon Jacques Percebois, du Centre de Recherches en économie et droit de l'énergie : « Pour produire l'équivalent énergétique d'un réacteur nucléaire de 1,300 GW il faut installer 2028 éoliennes de 2 à 3MW. » Sachant qu'une centrale nucléaire fonctionne dans la plupart des cas avec au moins deux réacteurs, dans le meilleur des cas, le développement de l'éolien suffira à peine à compenser l'augmentation de notre consommation électrique. D'autres solutions pourrait permettre d'atteindre cet objectif, réduire nos exportations par exemple, puisqu'en 2006 la production brute d'électricité primaire s'élevait à 514,0 TWH soit 60 TWH de plus que les 453,3 consommés actuellement.
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Prof retraité. J'ai entendu
Très bon reportage de
Si nous sommes en
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Bravo pour ce reportage
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C'est très bien d'avoir
Très intéressant et très
Exposé bien documenté et
Moi aussi je pense que
Le Québec s'est muni de
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Qui parle de grands oiseaux
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Moi aussi j'étais plutôt
Reportage très intéressant
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Ce reportage a le mérite de
bon reportage. Voilà, comme
Au sujet de la "beauté"
trés intéressant, moi
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9a fait réléchir, A priori